Surcharge de travail: Agir sur les causes plutôt que sur les symptômes

De nombreux cadres semblent gérer leur quotidien avec assurance alors qu’ils sont en réalité proches de l’épuisement. Les agendas sont saturés, les attentes élevées et les marges de manœuvre de plus en plus réduites. Dans ce contexte, l’autogestion devient une compétence essentielle. L’épuisement s’installe souvent de manière discrète et progressive. Il est fréquemment interprété comme une question de résistance individuelle ou d’organisation personnelle. Cette lecture déplace toutefois la responsabilité au mauvais endroit. La surcharge de travail constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour les organisations et nécessite une réflexion dépassant largement la seule responsabilité individuelle.

30/06/2026 De: Evelyn Wenzel
Surcharge de travail

EN BREF 
La surcharge de travail des cadres résulte principalement de facteurs structurels et non d’un manque d’organisation individuelle. L’accumulation d’exigences contradictoires, le manque de priorisation et l’absence de structures claires de leadership créent un déséquilibre durable. L’autogestion reste utile, mais elle ne peut compenser un système défaillant.

À retenir :
→ La surcharge de travail est avant tout un problème organisationnel.
→ Les cadres subissent des exigences multiples souvent incompatibles.
→ Le burnout est lié à des contraintes systémiques, pas seulement individuelles.
→ Des structures de leadership claires réduisent la charge mentale.
→ L’autogestion est un levier, mais pas une solution suffisante seule.

La surcharge croissante des cadres n’est plus un phénomène marginal, mais un signal clair de contraintes structurelles au sein des organisations. Elle montre que l’autogestion, le leadership sain et des structures de conduite claires gagnent en importance. Ce déséquilibre s’est construit au fil des années et se manifeste aujourd’hui par une augmentation des absences, un taux de rotation plus élevé et une fatigue croissante. Selon l’enquête «Baromètre Conditions de travail 2025» de Travail.Suisse, 42,4% des travailleurs en Suisse déclarent souffrir souvent ou très souvent de stress et rentrer chez eux épuisés après leur journée de travail.

Les facteurs systémiques de la surcharge

D’autres études et enquêtes dressent un constat similaire. Aujourd’hui, l’exercice d’une fonction dirigeante s’effectue dans des conditions qui poussent durablement les personnes concernées à leurs limites. Les études Deloitte Global Human Capital Trends¹ montrent depuis plusieurs années une intensification constante du travail. Les cadres évoluent dans un environnement marqué par la responsabilité opérationnelle, la transformation des organisations, la conduite du personnel et une pression permanente exercée à la fois par la hiérarchie et les équipes.

De nombreuses fonctions sont désormais conçues de telle manière qu’elles deviennent difficilement réalisables dans des conditions normales. L’étude souligne que les organisations ont besoin de nouvelles compétences de leadership pour évoluer dans un environnement de plus en plus disruptif. Cela inclut également l’autogestion: les cadres doivent être capables d’identifier consciemment leurs propres limites, leurs priorités et leurs marges de manœuvre, sans que les situations de surcharge structurelle ne soient exclusivement considérées comme un problème individuel.

Parmi les nouvelles exigences figurent notamment:

  • expérimenter plutôt que simplement exécuter;
  • privilégier la coopération et la co-création avec les collaborateurs plutôt qu’un pilotage purement hiérarchique;
  • prendre des décisions dans un contexte d’incertitude. 

Les études de McKinsey consacrées au burnout² montrent également que les cadres sont touchés de manière disproportionnée.  Les principaux facteurs de pression sont notamment:

  • des priorités peu claires entraînant un mode permanent de gestion de crise;
  • des systèmes d’objectifs contradictoires;
  • l’attente simultanée de garantir la stabilité tout en menant des transformations profondes. 

Les cadres jouent un rôle déterminant dans l’engagement et la santé psychique des collaborateurs, tout en bénéficiant eux-mêmes souvent d’un soutien insuffisant. Beaucoup ont le sentiment d’être laissés seuls face aux exigences stratégiques et aux réalités opérationnelles.

D’autres facteurs de charge systémiques apparaissent régulièrement dans les études et dans les observations réalisées au sein des organisations:

  • attentes contradictoires entre stratégie, culture d’entreprise et réalité quotidienne;
  • complexité croissante et rapidité accrue des prises de décision;
  • sous-effectif chronique;
  • délimitations insuffisamment claires entre activités de conduite, expertise métier et travail de projet;
  • manque de priorisation;
  • disponibilité permanente et absence de temps consacré à la réflexion et à la récupération. 

Dans ce contexte, l’épuisement ne résulte pas d’un manque de résilience individuelle, mais de systèmes qui exigent simultanément trop de choses tout en offrant trop peu de repères et de soutien.

Lorsque la conduite sert à compenser en permanence

Dans de nombreuses organisations, les cadres compensent les déficiences structurelles par leur engagement personnel. Ils interviennent là où des ressources manquent, absorbent les conflits, maintiennent l’activité opérationnelle et assument des responsabilités qui devraient en réalité être réparties entre plusieurs personnes.

À court terme, ce fonctionnement semble efficace. À long terme, il conduit toutefois à l’épuisement intérieur, au cynisme ou au retrait progressif. Les cadres perdent alors le contact avec leur mission principale et consacrent une grande partie de leur énergie à combler des lacunes organisationnelles. La conduite devient réactive au lieu d’être orientée vers l’action et le développement.

Le problème ne réside pas dans la personne elle-même. Il réside souvent dans un système qui pousse durablement les cadres vers une situation de dépassement de leurs capacités parce que les signaux d’alerte sont ignorés trop longtemps et que les manifestations du stress sont considérées comme temporaires.

La conduite nécessite des structures, pas seulement des attitudes

Dans de nombreuses entreprises, les réponses apportées reposent principalement sur des mesures individuelles. Les formations à la résilience, la gestion du temps, l’autogestion ou les programmes de pleine conscience peuvent être utiles, mais ils ne résolvent pas le problème fondamental. Ces mesures agissent sur les individus et non sur le système.

Ce qui manque souvent, c’est un cadre de conduite clairement défini. Il s’agit d’établir une compréhension commune de ce que le leadership doit accomplir, des responsabilités qu’il implique et de celles qui ne lui incombent pas. Des standards communs permettent d’apporter des repères et d’alléger la charge des cadres au lieu d’accentuer encore davantage leur responsabilisation individuelle.

Les organisations qui mettent en place un standard de conduite clair créent une orientation commune grâce à des lignes directrices partagées. Elles définissent les rôles de conduite de manière réaliste, rendent les ressources visibles et organisent collectivement la gestion de la charge de travail. Dans ce cadre, l’autogestion ne relève plus uniquement de l’optimisation personnelle, mais devient un élément constitutif d’un leadership sain et d’une responsabilité organisationnelle clairement assumée.

La conduite n’en devient pas nécessairement plus facile, mais elle devient plus réalisable et plus efficace.

Surcharge de travail: que peuvent entreprendre les cadres?

Même si de nombreux leviers se situent au niveau organisationnel, les cadres peuvent agir de manière systémique sans accroître encore leur propre charge. L’élément décisif consiste à passer d’une logique d’optimisation individuelle à une logique d’influence sur l’environnement.

1. Rendre les charges visibles

Tout le travail fourni n’est pas forcément visible aux niveaux hiérarchiques supérieurs. Les cadres peuvent mettre en évidence de manière systématique les tâches supplémentaires, les interruptions fréquentes et les conflits de rôle auxquels ils sont confrontés. La visibilité constitue la première étape vers le changement.

2. Négocier activement les priorités

Des priorités claires apparaissent rarement spontanément. Les cadres ont le droit et le devoir de signaler les conflits d’objectifs et d’exiger des arbitrages. Lorsqu’une organisation attend que tout soit accompli simultanément, elle choisit en réalité la surcharge.

3. Répartir consciemment les responsabilités

L’allègement durable de la charge passe par le partage des responsabilités. Cela implique de clarifier les compétences, d’associer davantage les collaborateurs et de ne pas chercher à combler soi-même chaque lacune.

4. Considérer la conduite comme un espace d’action

La conduite ne se limite pas à la coordination opérationnelle. Les cadres peuvent réserver consciemment du temps dans leur agenda pour les activités de leadership: développement des équipes, orientation stratégique et travail relationnel. Ce changement de perspective permet souvent de faire émerger de nouvelles solutions.

5. S’appuyer sur des alliances

Les problématiques systémiques se résolvent rarement seul. La collaboration avec les ressources humaines, les collègues cadres ou la direction renforce l’efficacité des démarches entreprises et réduit la charge individuelle.

Assumer collectivement les responsabilités

Un leadership sain n’est pas une question individuelle, mais le résultat d’une organisation fonctionnelle. Il se développe lorsque les cadres ne sont pas contraints de compenser en permanence les défaillances du système, mais peuvent exercer leur fonction dans un environnement clair et durable.

L’autogestion peut aider à mieux identifier ses propres limites, ses priorités et ses marges de manœuvre. Elle ne remplace toutefois pas un système de conduite performant. Les organisations qui prennent le leadership au sérieux investissent non seulement dans les personnes, mais également dans un système de conduite capable de les soutenir.

Elles mettent en place des standards communs, définissent des attentes claires et créent des conditions-cadres réalistes dans le cadre de la prévention de la surcharge de travail. Cette approche réduit la surcharge de travail, favorise la santé psychique au travail et améliore simultanément la qualité du leadership.

L’épuisement n’est pas un signe de faiblesse. C’est un signal. Et ce signal s’adresse avant tout au système.

Checklist : agir face à la surcharge de travail
→ Identifier et documenter les tâches invisibles et les interruptions fréquentes
→ Clarifier régulièrement les priorités avec la hiérarchie
→ Refuser implicitement la logique du « tout est prioritaire »
→ Déléguer activement et structurer la répartition des responsabilités
→ Bloquer du temps dédié aux activités de leadership (stratégie, équipe)
→ S’appuyer sur les RH ou la direction pour traiter les problèmes systémiques
→ Mettre en évidence les contradictions d’objectifs
→ Favoriser la coopération plutôt que la surcharge individuelle
→ Instaurer des temps de recul et de récupération dans l’agenda

Conclusion: la surcharge de travail exige une réponse collective

L’autogestion ne consiste pas à supporter silencieusement une surcharge de travail ou à la compenser par toujours plus d’efforts individuels. Elle consiste à reconnaître consciemment ses limites, ses priorités et ses marges de manœuvre, à rendre les charges visibles et à clarifier les responsabilités là où elles doivent réellement être assumées: non seulement par chaque cadre, mais également par l’ensemble de l’organisation.

En définitive, une autogestion efficace ne profite pas uniquement à l’individu. Elle contribue à créer les conditions nécessaires à une conduite plus saine, plus cohérente et plus durable. Face à la surcharge de travail, les organisations ont tout intérêt à renforcer simultanément leurs structures de leadership, leur culture managériale et leurs mécanismes de soutien afin de garantir un environnement de travail durable pour les cadres comme pour leurs collaborateurs.

FAQ : surcharge de travail et leadership

La surcharge de travail est-elle un problème individuel ?

Non. Elle résulte principalement de dysfonctionnements organisationnels tels que le manque de priorisation ou des attentes contradictoires.

Pourquoi les cadres sont-ils particulièrement touchés ?

Ils se situent à l’interface entre stratégie et opérationnel, avec des responsabilités multiples et souvent incompatibles.

L’autogestion suffit-elle à prévenir l’épuisement ?

Non. Elle aide à mieux gérer ses limites, mais ne remplace pas des structures organisationnelles adaptées.

Comment agir sans augmenter sa propre charge ?

En rendant les problèmes visibles, en négociant les priorités et en mobilisant des alliances internes.

Quel est le rôle de l’entreprise ?

Mettre en place des standards de leadership, clarifier les responsabilités et assurer des conditions de travail réalistes.

Pour aller plus loin

Notes de bas de page

¹ Deloitte (2023). Global Human Capital Trends 2023: New fundamentals for a boundaryless world.

² McKinsey & Company (2021). The burnout challenge. McKinsey & Company (2022). Addressing employee burnout: Are you solving the right problem?

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