17/06/2014

Recyclage: Un nouveau modèle économique

Une évolution écologique se met lentement en marche dans l’économie. Plusieurs entreprises travaillent déjà selon des cycles de matériaux fermés avec un recyclage des déchets.

Commenter   Partager   Imprimer

Aucun commentaire n'a été écrit sur cet article. Nous nous réjouissons si vous êtes le premier à le faire.
 
Ecrire un commentaire

Veuillez saisir une valeur !

Veuillez saisir une valeur !

Veuillez saisir une valeur ! Veuillez svp saisir une adresse électronique (e-mail) valide.

Veuillez saisir une valeur !

Veuillez saisir une valeur !

Veuillez saisir une valeur !

Veuillez remplir tous les champs obligatoires apparaissant en gras.
Réinitialiser
 
Recyclage

Recyclage

D'ici à cinquante ans, prédisent les experts, les ressources d'acier seront épuisées ou leur extraction coûtera très cher car il faudra traiter des minerais de très faible qualité. «Face à cette situation, le recyclage ne sera pas suffisant», avertit dans PME Magazine Dominique Bourg, professeur à l'Université de Lausanne. «François Grosse, qui travaille pour le groupe français Veolia, a livré la meilleure analyse à ce sujet en démontrant qu'en recyclant 60 % de l'acier, avec une croissance mondiale de 3,4 %, nous ne rallongerons les ressources que de douze ans.»

Au regard de cette situation qui concerne nombre d'autres matières premières, un changement de modèle économique apparaît inéluctable. D'une économie linéaire axée sur la production, nous devrons passer à une économie circulaire, basée sur la réutilisation, l'entretien, la maintenance et le recyclage. S'inspirant des écosystèmes naturels, l'économie circulaire tente de boucler les cycles de matières, de réintégrer et de valoriser les déchets, rebuts et scories dans l'appareil de production tout en dépensant un minimum d'énergie.

«Une économie circulaire stricto sensu impliquerait une forme de décroissance, car en vertu des lois de la thermodynamique, les pertes en ressources sont inévitables et on ne peut imaginer une hausse du PIB sans une augmentation de la consommation de ressources», prévient en revanche Dominique Bourg. Ce diagnostic, qui implique de changer de modèle de société, n'est pas partagé par la conseillère nationale vaudoise Adèle Thorens, coprésidente des Verts suisses et défenseur du développement durable: «Il faut distinguer décroissance de la consommation de ressources et décroissance du PIB. A mon sens, l'objectif de l'économie circulaire est de contribuer à une décroissance massive de la consommation des ressources.»

Qu'on se dirige vers l'un ou l'autre de ces modèles théoriques, des entreprises et collectivités publiques appliquent déjà les principes de l'écologie circulaire, comme à Genève où 85 % des déchets de la filière de la construction sont revalorisés. Ailleurs en Suisse, plusieurs programmes permettent de chauffer à distance des ménages par le brûlement des ordures. Les déchets verts servent à générer du biogaz grâce à des usines de méthanisation comme celle de Germanier Ecorecyclage à Lavigny (VD), capable de transformer 30'000 tonnes par an de déchets ménagers en carburant et en compost. Le concept de «mine urbaine» fait également l'objet d'un programme pilote à Zurich. Ce serait en effet dans nos habitations et nos appareils ménagers que l'on trouverait une grande partie des réserves mondiales de certains métaux comme le cuivre par exemple.

Le recyclage bénéfique pour un pays comme la Suisse

«Pour un pays pauvre en matières premières comme la Suisse, l'économie circulaire représente une aubaine car elle permet de faire revenir dans le processus de production des matériaux qui se trouvent désormais sur notre sol», remarque David Avery, de Cleantech Fribourg. Ainsi, au lieu d'importer du PET et d'autres plastiques d'Inde ou d'Allemagne, en broyant ses résidus, la Suisse peut disposer de sa propre matière première.

Encore faut-il convaincre les consommateurs de la qualité des sous-produits tirés de ces déchets. «Certaines personnes pensent que le béton recyclé n'est pas assez bon, mais pour du béton de remplissage, il est absurde d'utiliser une qualité optimale! Il est souvent stupide de dépenser autant d'énergie pour extraire du gravier et en faire du béton neuf», dit Laurent Dorthe, directeur de la gravière de la Claie-aux-Moines qui produit de l'Ecobéton.

«Il est important de dire qu'à l'issue de ce processus industriel, on retrouve des produits de première main et non de seconde main», insiste David Avery. L'Etat a certainement un rôle à jouer pour renverser ces a priori négatifs et permettre aux produits de l'économie circulaire d'être concurrentiels face à ceux de l'économie linéaire.

Au-delà des évolutions normatives et légales, les réalités économiques promettent un bel avenir à l'économie circulaire. «La Suisse est encore peu touchée, mais l'appauvrissement des gens en Europe les pousse à se tourner vers une consommation plus intelligente. Ils en ont marre des grands groupes et de leurs stratégies. Par exemple, le marché de réparation de téléphones portables a explosé, ce qui semblait impensable il y a quelques années», constate Dominique Bourg.