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Workation: Les risques du télétravail depuis l’étranger

EN BREF

La workation, contraction de travail et de vacances, offre une flexibilité attractive mais expose les employeurs suisses à des risques majeurs souvent sous-estimés. Au-delà de la simple envie de changer de cadre, l'exercice d'une activité professionnelle depuis l'étranger déclenche des obligations complexes en matière d'assurances sociales, de droit du travail local, de fiscalité et de protection des données. Sans une gestion rigoureuse, ces situations peuvent entraîner des doubles assujettissements, la création d'établissements stables imposables ou des sanctions pénales.

À retenir:

  • La workation nécessite une autorisation de travail dans le pays de destination, même pour du télétravail.
  • Les règles d'assurances sociales varient selon l'existence de conventions interétatiques avec la Suisse.
  • Un télétravail régulier à l'étranger peut créer un établissement stable soumis à l'imposition locale.
  • La sécurité des données est critique, notamment face aux réseaux Wi-Fi non sécurisés à l'étranger.
  • L'employeur reste responsable des infractions commises par ses collaborateurs lors de workations non autorisées.
17/08/2026 De: Beatrix Bock, Thomas Wachter
Workation

Quels sont les risques juridiques et fiscaux de la workation pour les entreprises suisses ?

Nous nous sommes habitués depuis longtemps au télétravail, à toutes les formes de Home Office et plus récemment à la workation. Dans la mesure où le travail à domicile fut ordonné par les autorités, nous avons été en mesure d’évaluer plus précisément les opportunités et les risques de manière à la fois globale et individuelle.

Les nombreuses demandes de télétravail depuis l’étranger combiné à des vacances montrent qu’il existe un réel besoin de pouvoir travailler depuis des lieux très différents. Dans le cadre d’une workation, le travail est temporairement exercé dans un autre pays. Selon la durée et les modalités de cette activité, les règles de sécurité sociale relatives au détachement ou à l’exercice d’une activité professionnelle dans plusieurs États peuvent s’appliquer.

À l’inverse, les détachements se caractérisent par une date de début clairement définie et une date de fin déterminée. Le télétravail depuis l’étranger peut certes être ponctuel, mais, dans la plupart des cas, il s’agit d’une activité exercée à plusieurs reprises depuis le lieu de travail privilégié par le collaborateur.

Définition de la workation

La workation est un phénomène relativement nouveau dans le monde du travail. Le terme résulte de la contraction de « work » (travail) et « vacation » (vacances). Les collaborateurs se rendent dans une destination de vacances attrayante et y combinent travail et loisirs. Les personnes pouvant travailler indépendamment de leur localisation apprécient cette flexibilité, qui leur permet de travailler depuis un autre lieu pendant quelques jours, plusieurs semaines, voire sur une période plus longue.

Opportunités et risques

À première vue, le télétravail depuis l’étranger présente différents avantages et inconvénients qu’il convient de mettre en balance (illustration 1).

Une analyse plus approfondie fait toutefois apparaître des risques d’une tout autre ampleur.

Aperçu des risques

Le télétravail depuis l’étranger pose des questions portant sur la protection d’assurance à l’étranger. Comment se présente l’assujettissement aux assurances sociales? Que va payer l’assurance accidents obligatoires? Quelles sont les prestations qui sont versées en cas de maladie? Ce faisant, on oublie souvent que, pour travailler à l’étranger, il faut une autorisation de travail, que des thématiques fiscales en découlent et que la sécurité des données requiert une attention spécifique comme le présente l’illustration 2.

Assurances sociales

Dès que des collaborateurs travaillent à l’étranger, différentes questions se posent immédiatement en matière d’assurances sociales. Tout d’abord, il faut clarifier s’il existe des conventions d’assurances sociales et lesquelles et si elles contiennent des régimes spécifiques par rapport à l’assujettissement aux assurances sociales. On trouve des pays avec convention et des pays sans conventions. Il faut consulter à cet effet la liste de l’Office fédéral des assurances sociales «Conventions interétatiques d’assurances sociales de la Suisse» qui donne des informations sur les conventions étatiques existantes.

Les différentes conventions d’État peuvent être réparties comme indiqué à l’illustration 3.

S’il existe une convention d’État avec le pays correspondant (le pays est un «État contractuel»), la convention concernée prévaut sur les lois des assurances sociales des pays signataires. Dans ce cas, ce sont les bases légales qui «dépassent» les lois locales qui sont applicables. S’il n’existe aucun État contractuel (le pays est un «non-État contractuel»), ce sont les lois individuelles spécifiques qui doivent être consultées. Les lois locales sur place doivent être respectées. Cela peut déboucher sur un double assujettissement aux assurances sociales lorsque la couverture d’assurance est prolongée en Suisse.

Remarque : Depuis 2023, les règles de coordination des assurances sociales entre la Suisse et les États de l’UE/AELE ont été partiellement modifiées. En particulier dans les cas de pluriactivité (activités simultanées dans plusieurs pays), de nouvelles obligations de notification et procédures doivent être respectées. Les employeurs sont invités à consulter les fiches d’information actualisées de l’OFAS.

Certes, une libération de l’AVS est possible en cas de double charge déraisonnable – encore que la protection d’assurance à l’étranger est généralement plus mauvaise qu’en Suisse.

La protection d’assurance au sein de l’assurance maladie légale ainsi que de l’assurance accidents obligatoires est limitée à l’étranger. En fonction du pays de destination, la reprise des coûts ne suffit pas pour pouvoir payer complètement les factures. De nombreuses assurances indemnités journalières en cas de maladie connaissent des limitations des prestations en cas de maladie à l’étranger, notamment lorsqu’il ne s’agit pas d’un séjour hospitalier. En cas de prestation, il existe des problématiques diverses à l’étranger qui doivent être régies au préalable par l’employeur.

Parfois, on essaye de prolonger la protection d’assurance par le biais d’un détachement. La question qui se pose ici est de savoir si un détachement dans une résidence de vacances peut résister à un contrôle précis. Alors que la protection d’assurance fonctionnera sans problème en Suisse, de nouvelles questions doivent être clarifiées en fonction du pays considéré. En cas d’urgence, il ne reste que le séjour à l’hôpital – ce qui requiert une couverture supplémentaire qui n’existe tout simplement pas dans certains cas. L’assurance portant sur les déplacements professionnels peut prévoir des limites qui ne sont pas identifiables de premier abord.

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