Rappel: Principes juridiques et exemples de formulation

EN BREF

Le rappel de paiement, bien que non régi explicitement par le Code des Obligations, constitue une mise en demeure essentielle pour engager la procédure de recouvrement. Pour être efficace et éviter des contestations ultérieures, il doit impérativement fixer une date limite précise, indiquer les conséquences juridiques en cas de non-paiement et être envoyé simultanément par lettre recommandée et courrier ordinaire afin de garantir la preuve de la réception.

À retenir:

  • Le délai de paiement fixé dans le rappel doit être raisonnable et exprimé par une date précise, non par une durée.
  • L'envoi par lettre recommandée doit toujours être complété par un courrier ordinaire pour contourner les délais de garde postaux.
  • Une menace vague est juridiquement inefficace ; les suites (poursuite, action en justice) doivent être explicitement décrites.
  • Le créancier peut réclamer des intérêts de retard (5 % par défaut) et des frais supplémentaires s'il prouve un dommage réel.
  • En cas d'opposition au commandement de payer, le rappel peut servir de pièce valant reconnaissance de dette pour obtenir une mainlevée.
21/07/2025 De: Sylviane Wehrli
Rappel

Comment rédiger un rappel de paiement juridiquement valide et efficace en Suisse ?

Le rappel peut être considéré comme une mise en demeure du débiteur par le créancier. Le rappel de paiement n’est pas traité en tant que tel dans le Code des Obligations et aucune règle ne définit l’obligation d’un rappel, pas plus que le nombre de rappels.

Rappel et mise en demeure juridique

De manière générale, la mise en demeure juridique contient les éléments suivants:

  1. rappel des obligations
  2. fixation d’un délai
  3. conséquences en cas de non-respect du délai

Le rappel fixe des obligations fixées par les parties ; dans le cadre du rappel de paiement, cette notion est liée à l’échéance de la dette.

Dans les règles générales de mise en demeure, le délai fixé doit être raisonnable, à savoir que le débiteur a la possibilité réelle de s’exécuter.

En cas d’envoi du rappel par lettre signature, il est prudent de prévoir, dans le texte de la lettre que la lettre est envoyée par lettre signature, de même que par courrier ordinaire, courrier A. En effet, si le destinataire ne va pas chercher à la poste la lettre signature, ce courrier est conservé pendant 7 jours par la poste, puis renvoyé à l’expéditeur.

Or, sur le plan juridique, si une personne n’a pas retiré une lettre signature, elle est censée en connaître le contenu après l’échéance du délai de garde. C’est pour éviter ce délai supplémentaire qu’il convient d’adresser également le courrier par courrier A et l’indiquer dans la lettre. Il est préférable d’indiquer le délai selon sa date (par exemple, le 3 juin 2005, plutôt que par durée qui peut poser des complications

Une mise en demeure complète comprend la suite qui sera donnée si le destinataire ne respecte pas ses obligations. Dans le cas d’un rappel de paiement, ces suites peuvent être les suivantes:

  • Menace de poursuite
  • Menace de procès en action en reconnaissance de dette, selon les circonstances et notamment les pièces au dossier, au vu d’une éventuelle opposition au commandement de payer.

Rappel et procédure de poursuite             

Si le rappel n’est pas suivi d’effet, la plupart du temps, le créancier introduit contre le débiteur une poursuite, selon la procédure décrite dans la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite, qui applique les grands principes suivants:

  • Le préposé des poursuites ne vérifie pas le bien-fondé de la réclamation du créancier ; il ne fait que notifier la réquisition de poursuite présentée par le créancier.
  • Si le débiteur conteste une demande du créancier, il fait opposition au commandement de payer.
  • Après l’opposition au commandement de payer, le créancier doit s’adresser au juge pour obtenir que la procédure de poursuite puisse continuer (procédure de mainlevée définitive, provisoire ou action en reconnaissance de dette).
  • C’est dans le contexte d’une de ces trois procédures que le rappel peut avoir de l’importance, notamment pour le sort des frais.

Le rappel dont on demande de renvoyer le double signé peut permettre, plus tard, dans la procédure de poursuite d’obtenir la mainlevée provisoire et agir en tant que pièce valant reconnaissance de dette.

Rappel, intérêts de retard et frais

Intérêts de retard

Tout retard de paiement n’entraîne pas nécessairement le paiement d’intérêts de retard. Ainsi, dans le contrat de prêt, en matière civile, le prêteur ne peut réclamer des intérêts que s’ils ont été stipulés (art. 313 CO).
En matière commerciale, il est d’usage de payer des intérêts en cas de retard de paiement. Le Code des Obligations fixe les règles suivantes:

  • Celui qui doit des intérêts dont le taux n’est fixé ni par la convention ni par la loi ou l’usage, les acquitte au taux annuel de 5 pour cent (art. 73 CO). Certaines lois prévoient un taux différent, notamment les lois fiscales cantonales.
  • Ce montant peut être modifié par contrat entre les parties, le taux maximum ne pouvant pas dépasser 15 %.

Frais supplémentaires

Le Code des Obligations fixe les règles suivantes:

  • Lorsque le dommage éprouvé par le créancier est supérieur à l’intérêt moratoire, le débiteur est tenu de réparer également ce dommage, s’il ne prouve qu’aucune faute ne lui est imputable. (art. 106 CO)

Cette somme n’est pas automatiquement due, le créancier devant prouver qu’il a subi un dommage réel, par exemple des frais de recherches d’adresse ou autres démarches.

La loi ne précise rien en ce qui concerne les frais de rappel, mais ils peuvent découler du contrat ou des règles admises entre parties (par exemple mentionnées sur la facture ou le rappel).

En principe, le préposé ne vérifie pas si le montant des intérêts de retard est correct ou non, pas plus que celui des frais supplémentaires (rappels ou autres).

La suite de la procédure dépend de l’attitude du débiteur:

  • Le débiteur ne fait pas opposition au commandement de payer ; il n’y a aucune vérification des montants réclamés à titre d’intérêts de retard ou autres frais ; la continuation de la poursuite peut être demandée par le créancier; la poursuite ne sera radiée qu’après remboursement de l’entier des sommes réclamées par le créancier.
  • Le débiteur fait opposition au commandement de payer et le créancier doit entreprendre les démarches judiciaires nécessaires. Le juge vérifie d’office le taux d’intérêt. (légal ou contractuel). Il peut refuser des frais qu’il estime trop élevés ou non justifiés par des pièces valant reconnaissance de dette ou des démarches particulières.

Checklist pratique

  • Vérifier l'existence d'un contrat ou d'une facture justifiant la créance.
  • Confirmer que la date de paiement est dépassée.
  • Formuler le rappel en citant clairement l'obligation non remplie.
  • Fixer une date limite d'échéance précise (ex: « avant le 30 juin ») plutôt qu'un nombre de jours.
  • Décrire explicitement les conséquences en cas de non-paiement (poursuite, frais d'avocat).
  • Préparer l'envoi en double : lettre recommandée avec accusé de réception ET courrier ordinaire.
  • Indiquer dans le texte que le courrier est envoyé par les deux voies.
  • Si applicable, proposer un arrangement financier tout en gardant la maîtrise de la créance.
  • Conserver une copie du rappel et des preuves d'envoi pour la procédure de poursuite.
  • S'assurer que le taux d'intérêt réclamé respecte les limites légales ou contractuelles (max 15 %).

Contenu du rappel

Selon les circonstances, le rappel peut contenir plusieurs éléments:

Rappel des obligations

Dans la rédaction d’un rappel de paiement, le texte suivant peut être utilisé:

« Nous constatons que nous n’avons pas reçu votre paiement. »

Questionnement

Le questionnement peut porter sur différents points:

« Si vous avez réglé, merci de nous adresser photocopie de votre paiement. »
« Votre non-paiement est-il dû à une insatisfaction ? Merci de nous l’indiquer, car nous tenons à satisfaire notre clientèle. »

Arrangement financier     

Il est possible de proposer un arrangement financier dans le cadre du rappel ; néanmoins, il appartient au créancier de garder la maîtrise totale sur l’arrangement. Ce point est examiné dans le second chapitre.

Délai                     

Le délai doit être raisonnable. Mais plus le rappel est proche de la facture, plus il a de chance que la note soit payée rapidement.

Par ailleurs, le délai est mentionné en fonction d’une date précise et non de nombre de jours, ce qui peut toujours poser des questions d’interprétation quant à l’échéance du délai.
Enfin, si le rappel est envoyé par lettre signature, il est prudent de l’envoyer également par pli ordinaire et indiquer cette démarche dans le texte :

« Etant donné l’importance de ce courrier, nous vous l’adressons par lettre signature et par courrier A ».

Conséquences                    

Il n’est pas possible d’obliger une personne à agir. En revanche, il est possible de lui indiquer quelles démarches seront entreprises si elle n’agit pas dans le délai imparti.

Mais les démarches doivent être précises. Une menace vague n’a pas grande portée.

Dans le cas du rappel, la suite comporte généralement deux aspects possibles:

« A défaut de nouvelles de votre part dans le délai imparti, nous introduirons une poursuite contre vous, ce qui entraînera des frais supplémentaires à votre charge. »

« A défaut de nouvelles de votre part dans le délai imparti, nous prendrons contact avec notre avocat (ou notre agent d’affaires) qui introduira contre vous un procès pour que le juge tranche sur le montant que vous nous devez ; cette démarche entraînera des frais supplémentaires à votre charge. »

Cette seconde hypothèse est utilisée lorsque le débiteur a manifestement contesté la prestation et que le créancier a peu de chances d’obtenir une mainlevée provisoire en cas de poursuite et d’opposition au commandement de payer.

Dans le cas d’une relation commerciale impliquant que le défaut de paiement peut entraîner une interruption de l’intervention du créancier, il est prudent de le préciser très clairement dans le rappel.

FAQ: Rappel

Combien de rappels dois-je envoyer avant d'engager une poursuite ?

La loi suisse ne fixe aucun nombre minimal de rappels. Cependant, un seul rappel clair et complet, envoyé par les deux voies (recommandé et ordinaire), suffit généralement à constituer une mise en demeure valable avant d'entamer une poursuite.

Puis-je réclamer des frais de rappel à mon débiteur ?

La loi ne prévoit pas automatiquement des frais de rappel. Ils ne sont dus que s'ils sont prévus par contrat ou s'ils découlent de règles admises entre les parties (ex: mentionnés sur la facture). Sinon, le créancier doit prouver un dommage réel pour obtenir une indemnisation.

Que se passe-t-il si le débiteur ne retire pas ma lettre recommandée ?

Si le débiteur ne retire pas la lettre recommandée dans les 7 jours, elle est renvoyée à l'expéditeur. Juridiquement, il est considéré comme ayant connaissance du contenu après ce délai. C'est pourquoi il est crucial d'envoyer aussi une copie par courrier ordinaire pour accélérer la preuve de la mise en demeure.

Quel est le taux d'intérêt de retard applicable par défaut ?

En l'absence de stipulation contractuelle ou d'usage, le Code des Obligations fixe le taux d'intérêt moratoire à 5 % par an (art. 73 CO). Ce taux peut être modifié par contrat, mais ne peut excéder 15 %.

Un rappel peut-il servir de preuve en justice ?

Oui, un rappel dont le débiteur a renvoyé le double signé peut servir de pièce valant reconnaissance de dette. Cela permet au créancier d'obtenir une mainlevée provisoire en cas de poursuite et d'opposition, facilitant ainsi le recouvrement.

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