Congé sabbatique: Et ses conséquences sur les assurances sociales

EN BREF

Un congé sabbatique en Suisse n'entraîne généralement pas de lacunes de cotisation, car l'employeur continue de verser un salaire réduit pris en compte par l'AVS et l'AI. Toutefois, la prévoyance professionnelle (LPP) et l'assurance-accidents (LAA) nécessitent une attention particulière, car la couverture risque de diminuer proportionnellement au revenu si aucune mesure complémentaire n'est prise. L'assurance-chômage pourrait également être affectée si le congé se prolonge au-delà de 12 mois avant une perte d'emploi.

À retenir:

  • L'AVS et l'AI ne subissent que de faibles impacts grâce à la continuité des cotisations sur le salaire réduit.
  • La LPP permet de maintenir la couverture risque, mais l'épargne peut diminuer sans cotisations complètes.
  • L'assurance-accidents doit être complétée par une assurance individuelle pour couvrir la perte de revenu en cas d'accident.
  • L'assurance-chômage risque de voir ses prestations réduites si le congé dépasse 12 mois avant un licenciement.
  • Une communication claire et signée avec l'employé est indispensable pour valider la prise de conscience des risques.
16/01/2026 De: Thierry Rossier
Congé sabbatique

Quelles sont les conséquences d'un congé sabbatique sur les assurances sociales en Suisse ?

En Suisse, un congé sabbatique peut avoir un impact sur la protection sociale des salariés. AVS, AI, LPP, LAA ou encore assurance-chômage : chaque régime réagit différemment en cas de réduction ou d’interruption de l’activité professionnelle. Cette synthèse fait le point sur les conséquences possibles et les moyens de prévenir les lacunes ou de préserver ses droits durant cette période spécifique.

Assurance-vieillesse et survivants – AVS (1er pilier) 

Cette assurance se base sur une accumulation de revenu durant toute la période d’activité professionnelle et non pas sur une année en particulier. De ce fait, une diminution temporaire du revenu (de quelques semaines à quelques mois) n’aura qu’une faible incidence sur le montant final de la rente de vieillesse.

En tous les cas, le législateur n’a pas prévu la possibilité de rester assuré au-delà du salaire soumis à cotisation. Ce qui importe dans ce cas, c’est que la période du «congé sabbatique» ne présente pas de lacune, ce qui ne sera pas le cas puisque l’entreprise continuera de verser un «salaire», certes moindre, mais pris en considération dans le calcul de la rente et la période de cotisation. 

Pour ce qui est des prestations de survivants, l’AVS adopte un système qui défavorise moins les jeunes assurés et qu’on appelle le «supplément de carrière» en jargon AVS. A savoir, tenir compte d’une progression salariale sur laquelle l’assuré aurait pu compter s’il n’était pas décédé avant l’âge de 45 ans (art. 54 RAVS). De plus, l’éducation des enfants est prise en considération dans le calcul, ce qui permet de ne pas pénaliser les ménages ayant un ou plusieurs enfants.

Assurance-invalidité – AI (1er pilier) 

Tout comme l’AVS, cette assurance se base sur la totalité des revenus acquis pendant la période d’activité professionnelle lorsqu’il s’agit d’octroyer une rente d’invalidité. Sauf pour un très jeune employé/assuré qui deviendrait invalide pendant la période du «congé sabbatique», une diminution des revenus n’aurait pratiquement aucun impact dans ce régime, si ce n’est pour le calcul d’une indemnité journalière qui se base en principe sur le revenu des 12 derniers mois de l‘activité lucrative.

Mais quoi qu’il en soit, il n’est pas possible de maintenir un salaire à 100% lorsque celui qui est versé est inférieur à ce taux pour l’assurance-invalidité. Encore une fois, le problème n’est pas récurant dans le système du 1er pilier, qu’il s’agisse de l’AVS ou de l’AI. 

Prévoyance professionnelle – LPP (2e pilier) 

Si la caisse de pension donne son accord, il pourrait être possible de maintenir assurées les personnes qui prendrait un «congé sabbatique» à 100% en matière de risque (décès et invalidité). La seule question qui se pose ici concerne la partie «épargne». Celle ou celui qui souhaiterait continuer d’alimenter son compte de vieillesse sur la base du salaire entier devrait demander à la caisse de pension si cette possibilité lui est offerte, quand bien même la prise en charge de l’entier des cotisations pourrait s’avérer très onéreux pour l’employé/e concerné/e. 

Selon le montant de coordination appliqué par la caisse, une diminution temporaire du salaire pour les prestations de vieillesse ne constitue pas forcément un problème particulier dans ce domaine d’assurance.

Assurance-accidents – LAA 

Ici, les choses se compliquent quelque peu. Le système suisse connaît deux types d’assurances en matière d’accidents: les accidents professionnels et les accidents non professionnels. Par définition, il faut se pencher ici sur les accidents non professionnels, donc tout ce qui peut se produire pendant la période du «congé sabbatique» et de manière générale, pendant la période qu’on ne passe pas dans l’entreprise. 

Le calcul des prestations dans l’assurance-accidents étant lié au montant du salaire, il pourrait se poser le problème de l’indemnisation. Donc pour une solution serait de contracter une «assurance par convention», peu importe si le pensum est partiel. Le montant forfaitaire pour cette assurance est en général très avantageux. 

Toutefois, cette possibilité est limitée à 6 mois. Par la suite, il s’agit de réactiver sa couverture accident non professionnel dans la LAMal mais les prestations accordées par ce régime en cas d’accident ne sont pas comparables à celle du régime LAA puisqu’il n’y aucune prise en charge d’indemnités journalières ou de rentes mais seulement les frais de traitement médicaux et hospitaliers.

Assurance-accidents – LCA 

Si l’assurance privée de cette entreprise couvre un complément du salaire, il y a lieu de s’adresser à elle afin de savoir si elle accepterait de couvrir les employés en «congé sabbatique» sur un salaire de 100%. Effectivement, tant qu’un salaire est versé, la personne peut figurer sur la liste des salaires AVS annoncés à l’assureur. Mais elle est assurée pour le salaire perçu effectivement, soit entre 20% et 35% dans ce cas-ci.

La seule manière de couvrir la différence (de 65% à 80%) pendant cette période est de conclure une assurance accidents individuelle, ce qui lui permettra d’assurer un montant journalier à choix dès un délai d’attente à choix également. Il est important de résoudre ce point car en cas d’accident grave, ce sera la moyenne salariale des 12 derniers mois qui fera fois pour le calcul d’une rente (invalidité ou décès) mais seulement le dernier mois de salaire pour le calcul d’une indemnité journalière!

Assurance perte de gain maladie – LCA 

Il faut savoir que l’assurance perte de gain en cas de maladie n’est pas obligatoire en Suisse. Ce qui l’est, c’est le versement d’un salaire sur la base du nombre d’années d’activité dans l’entreprise (échelle bernoise – art. 324a CO). Il faudrait donc demander ici le libre-passage à l’assureur privé qui gère aussi la perte de gain en cas de maladie. La prime serait alors entièrement à la charge de l’employé. 

Mais attention: ce sont les conditions générales d’assurance (CGA) qui feront foi et certaines assurances perte de gain maladie n’acceptent pas d’indemniser une personne au-delà du revenu dont elle est privée. Cela doit donc faire l’objet d’une discussion avec l’assureur, quitte à prévoir une convention particulière pour les personnes concernées.

Checklist pratique

  • Vérifier auprès de la caisse de pension la possibilité de maintenir la couverture risque (décès/invalidité) à 100 %.
  • Demander si l'alimentation du compte de vieillesse peut se faire sur la base du salaire entier (cotisations à la charge de l'employé).
  • Contracter une assurance accidents individuelle pour couvrir la différence entre le salaire perçu et le salaire de référence LAA.
  • Consulter l'assureur privé pour une extension de l'assurance perte de gain maladie, souvent à la charge exclusive de l'employé.
  • S'assurer que la durée du congé ne dépasse pas 6 mois si l'on souhaite rester sous le régime LAA pour les accidents non professionnels.
  • Calculer l'impact potentiel sur l'indemnité journalière de l'AI, basée sur les 12 derniers mois de salaire.
  • Évaluer le risque de réduction des prestations d'assurance-chômage si le congé se prolonge au-delà d'un an.
  • Rédiger un document d'information détaillé listant les conséquences spécifiques pour chaque régime d'assurance.
  • Faire signer ce document à l'employé pour attester de sa prise de connaissance des risques encourus.

Assurance-chômage – LACI 

Ici, une information qui ne devrait pas concerner les employés au bénéfice d’un «congé sabbatique». Le problème qui pourrait se poser ici, c’est que le calcul des prestations est effectué sur la base de la moyenne salariale des 6 derniers mois et si cela s’avère être plus favorable pour l’assuré, l’assurance remontera aux 12 derniers mois. 

Donc pour un «congé sabbatique» de courte durée, pas ou très peu de conséquences mais pour un congé sabbatique qui se prolongerait au-delà de 12 mois et qui pour une raison ou une autre, se conclurait par la perte de l’emploi, les montants indemnisés pourraient être dramatiquement réduits.

En conclusion

Il existe des possibilités de palier la diminution des revenus. Cela signifie toutefois:

  • Un document comportant les informations relatives à ce sujet pour les employés concernés par cette problématique, avec leur signature, attestant du fait qu’ils ont pris connaissance des conséquences possibles du «congé sabbatique».
  • Une information ciblée pour les personnes concernées, à l’occasion d’une séance, cela par une personne qui maîtrise bien le système des assurances sociales suisse.

FAQ: Congé sabbatique

Un congé sabbatique crée-t-il une lacune de cotisation AVS ?

Non, tant que l'employeur verse un salaire (même réduit), la période est considérée comme assurée et ne crée pas de lacune de cotisation pour l'AVS.

Comment protéger sa prévoyance professionnelle (LPP) durant un congé sabbatique ?

Il faut demander à la caisse de pension de maintenir la couverture risque et, si possible, de cotiser sur la base du salaire complet, ce qui implique généralement que l'employé assume les cotisations supplémentaires.

Que se passe-t-il en cas d'accident non professionnel pendant le congé ?

La LAA ne couvre que le salaire effectif. Pour couvrir la perte de revenu, il est nécessaire de souscrire une assurance accidents individuelle, car la LAMal ne couvre que les frais médicaux et non les indemnités journalières.

Un congé sabbatique affecte-t-il les droits à l'assurance-chômage ?

Pour des congés courts, l'impact est minime. Cependant, si le congé dépasse 12 mois et que l'emploi est perdu par la suite, les prestations peuvent être calculées sur une moyenne salariale réduite, entraînant une indemnisation plus faible.

L'assurance perte de gain maladie est-elle maintenue automatiquement ?

Non, elle n'est pas obligatoire. L'employé doit souvent négocier un libre-passage avec son assureur et payer la prime intégralement, sous réserve des conditions générales d'assurance.

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