Discrimination salariale: Egalité entre les sexes et discrimination salariale

EN BREF

Depuis la révision de la Loi sur l'égalité de 2020, les analyses révèlent que la discrimination salariale persiste en Suisse, touchant principalement les femmes avec un écart moyen de 3,2 % à travail de valeur égale. Au-delà du genre, l'âge constitue un facteur discriminant majeur, générant des écarts de salaire pouvant atteindre 37 % entre les jeunes et les travailleurs seniors. Les entreprises sont désormais confrontées au défi d'adapter leurs systèmes de rémunération pour corriger ces inégalités structurelles.

À retenir:

  • La Constitution garantit l'égalité salariale pour un travail de valeur égale depuis 1981.
  • Les femmes perçoivent en moyenne 3,2 % de moins que les hommes à poste équivalent.
  • L'âge est une variable clé : les écarts salariaux peuvent varier de 6 % à 37 % selon l'ancienneté.
  • Les femmes restent sous-représentées dans les postes de direction, ce qui creuse l'écart global de 15 %.
  • Les outils d'analyse actuels doivent évoluer pour mieux intégrer les discriminations liées à l'âge.
05/08/2026 De: Thomas Landolt, Roland Stoll
Discrimination salariale

Comment les entreprises suisses peuvent-elles éliminer la discrimination salariale liée au genre et à l'âge ?

Depuis 1981, le principe selon lequel les femmes et les hommes ont droit à un salaire égal pour un travail de valeur égale est inscrit dans la Constitution fédérale. La loi révisée sur l'égalité est entrée en vigueur le 1er juillet 2020. Un bilan établi à partir de 300 analyses d'égalité salariale montre que la discrimination salariale touche principalement les femmes et les jeunes salariés.

Résultats des analyses d’égalité salariale

Les entreprises occupant plus de 100 personnes ont dû réaliser, entre juillet 2020 et juin 2021, une première analyse de l’égalité salariale. Le système que nous utilisons évalue les fonctions, en vue de calculer l’écart salarial entre femmes et hommes, selon 26 critères (exigences intellectuelles, psychosociales, physiques et en matière de conduite). L’évaluation des résultats d’environ 300 analyses, provenant en majorité d’entreprises de l’économie réelle, fait apparaître la conclusion suivante :

Remarque : à travail de valeur égale, les femmes perçoivent en moyenne 3,2 % de moins que les hommes.

Les entreprises ont réagi de manière engagée aux prescriptions légales : elles prennent les résultats au sérieux et entendent corriger les écarts subsistants. Pourra-t-on bientôt affirmer qu’il n’existe plus de discrimination salariale ? Les salarié·e·s, quelle que soit leur origine, leur couleur de peau, leur âge ou leur ancienneté, sont-ils rémunérés de façon identique pour un travail équivalent, comme l’exige la Constitution ? Et chacun·e dispose-t-il des mêmes chances pour accéder à des postes exigeants, notamment de direction ? Examinons plus en détail certains autres aspects potentiellement discriminatoires.

Égalité des chances

Existe-t-il des indices d’une éventuelle discrimination à l’embauche ou à la promotion ? Les femmes disposent-elles des mêmes possibilités de développement et de carrière ? Une analyse de plus de 150 000 données issues de la comparaison salariale L&M 2021 donne une image saisissante. La figure 1 présente la répartition femmes-hommes selon 15 niveaux d’exigence et de fonction (1 = plus faible exigence / 15 = plus élevée).

Remarque : en raison de cette répartition inégale, les femmes gagnent en moyenne 15 % de moins que les hommes.

La recherche des causes ayant conduit à ce déséquilibre est en cours. Malheureusement, les mesures mises en place jusqu’à présent ne produisent pas encore d’effet visible dans les données analysées. Les femmes restent nettement sous-représentées dans les fonctions exigeantes, notamment de direction. Dans quelle mesure des schémas de rôles traditionnels et genrés en sont responsables, et quelles sont les chances de les modifier dans le secteur industriel et technique, ne pourra être déterminé qu’au moyen d’études à long terme.

Discrimination liée à l’âge

Selon la Constitution fédérale, il existe un « droit à un salaire égal pour un travail de valeur égale ». Compte tenu de la manière dont les analyses de l’égalité salariale sont actuellement menées, il faudrait plutôt parler de « droit à un salaire égal pour un travail de valeur égale à âge égal ».

Dans les systèmes connus et reconnus en Suisse pour réaliser ces analyses, l’âge est intégré comme variable dans le calcul de la discrimination salariale. Dans notre pays, à travail de valeur égale, le salaire augmente sensiblement avec l’âge, ce que les statistiques salariales démontrent aisément.

Ventilées selon les 15 niveaux d’exigence ou de fonction, les différences de salaire imputables uniquement à l’âge se situent entre 6 % et 37 %. La comparaison a été effectuée entre les salaires d’employés âgés de 35 ans (ou de 40 et 45 ans pour les niveaux supérieurs) et ceux d’employés de 65 ans.

Checklist pratique

  • Réaliser une analyse de l'égalité salariale conforme aux exigences légales pour les entreprises de plus de 100 personnes.
  • Évaluer les fonctions selon des critères objectifs incluant les exigences intellectuelles, psychosociales et physiques.
  • Identifier spécifiquement les écarts liés à l'âge dans les grilles salariales actuelles.
  • Réviser les systèmes d'augmentation automatique basés uniquement sur l'ancienneté.
  • Développer des programmes de mentorat pour favoriser l'accès des femmes aux postes de direction.
  • Auditer les processus d'embauche et de promotion pour détecter les biais inconscients.
  • Mettre en place des indicateurs de suivi pour mesurer les progrès sur l'équité salariale.
  • Sensibiliser les managers aux stéréotypes de genre et aux discriminations liées à l'âge.
  • Adapter la politique de garde d'enfants pour soutenir la carrière des parents.
  • Préparer un plan de correction des écarts identifiés avec des échéances claires.

Discrimination salariale – Conclusion

Si nous voulons concrétiser le « droit à un salaire égal pour un travail de valeur égale », il faudra à l’avenir analyser les aspects de la discrimination salariale de manière plus différenciée que ne le permet l’outil actuel d’analyse de l’égalité salariale. Avec les modèles de calcul en vigueur, les écarts de rémunération entre femmes et hommes ne devraient plus beaucoup évoluer.

En revanche, les écarts salariaux entre jeunes et travailleurs plus âgés sont perçus de plus en plus comme injustes et dépassés. De nombreux systèmes de rémunération prévoient encore une augmentation automatique des salaires avec l’âge ou l’ancienneté. Les entreprises doivent adapter leur politique et leurs systèmes salariaux pour les rendre exempts de toute discrimination et tournés vers l’avenir – un processus long et exigeant.

Autre défi : employer davantage de femmes dans des fonctions exigeantes, notamment de direction. Dans l’économie réelle, orientée plutôt vers la technique, cela représente un enjeu particulier. Les principaux obstacles sont connus : répartition des rôles, stéréotypes, choix professionnels, garde d’enfants, etc. Il est clair qu’il faudra du temps avant de récolter les fruits de ces changements. Les femmes et les jeunes travailleurs en tireront vraisemblablement le plus grand bénéfice.

FAQ: Discrimination salariale

Quel est l'écart salarial moyen constaté entre les femmes et les hommes en Suisse ?

Les analyses montrent qu'à travail de valeur égale, les femmes perçoivent en moyenne 3,2 % de moins que les hommes. Cependant, si l'on inclut la répartition inégale dans les postes, l'écart global atteint 15 %.

L'âge joue-t-il un rôle dans la discrimination salariale ?

Oui, l'âge est un facteur discriminant significatif. Les écarts de salaire imputables uniquement à l'âge se situent entre 6 % et 37 %, favorisant souvent les travailleurs plus âgés au détriment des jeunes.

Les entreprises suisses sont-elles tenues de corriger les écarts salariaux ?

Depuis 2020, les entreprises de plus de 100 salariés doivent réaliser une analyse de l'égalité salariale. Si des écarts injustifiés sont constatés, elles doivent prendre des mesures pour les corriger, bien que la loi ne prévoie pas de sanctions pécuniaires directes pour les entreprises non conformes.

Pourquoi les femmes sont-elles sous-représentées dans les postes de direction ?

Cette sous-représentation s'explique par des schémas de rôles traditionnels, des stéréotypes, des choix professionnels genrés et des difficultés liées à la garde d'enfants, ce qui limite leur progression de carrière.

Comment les entreprises peuvent-elles rendre leurs systèmes salariaux exempts de discrimination ?

Elles doivent adapter leurs grilles de salaires pour éliminer les augmentations automatiques basées sur l'âge, intégrer des critères objectifs d'évaluation des fonctions et mettre en place des politiques actives de diversité et d'inclusion.

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