Conditions de facturation: En Suisse et dans l'UE

EN BREF

La facturation conforme à la TVA exige une attention particulière aux détails formels, tant en Suisse que dans l'Union européenne. En Suisse, bien que la facture ne soit obligatoire qu'à la demande du client, elle reste le moyen le plus simple de prouver la déduction de l'impôt préalable. À l'inverse, l'UE impose une obligation générale d'établir une facture avec des exigences de contenu plus strictes et harmonisées via la directive 2006/112/CE, incluant notamment l'obligation d'un numéro séquentiel unique et de l'identification complète des parties.

À retenir:

  • En Suisse, la facture n'est obligatoire qu'à la demande du destinataire, contrairement à l'UE où elle est généralement requise.
  • Les factures électroniques (e-factures, PDF) ont la même valeur probante que les factures papier dans les deux juridictions.
  • L'UE exige des indications supplémentaires comme le numéro séquentiel unique et l'adresse complète des parties.
  • Les notes de crédit et les factures de faible montant (jusqu'à CHF 400.– en Suisse) disposent de règles spécifiques allégées.
  • La conformité formelle est cruciale pour éviter le refus de la déduction de l'impôt préalable, surtout dans les transactions transfrontalières.
04/08/2026 De: Christoph Drexl, Fiona-Jean Stabinger
Conditions de facturation

Quelles sont les différences entre les conditions de facturation TVA en Suisse et dans l'UE ?

Quiconque souhaite ou doit se pencher sur la question de la TVA ne peut faire l'impasse sur le sujet de la facturation conforme aux règles de la TVA (d'autant plus lorsqu'il s'agit du droit plutôt formaliste des États membres de l'UE). Le présent article a pour objectif de présenter succinctement, d'une part, les aspects essentiels des conditions de facturation du point de vue du droit suisse et, d'autre part, les principes des dispositions en vigueur à l'échelle de l'UE.

Conditions de facturation requises 

Les factures revêtent une grande importance dans les relations commerciales. Les exonérations peuvent être subordonnées à la présentation d’une facture conforme sur le plan formel, et la déduction de la TVA en amont peut être refusée si la facture ne respecte pas les exigences applicables. Alors qu’en Suisse, un assujetti n’est tenu d’établir une facture qu’à la demande du destinataire de la prestation, l’UE applique des exigences nettement plus strictes. Une facture formellement correcte ne fait donc pas partie des conditions obligatoires pour l’octroi de la déduction de la TVA en amont au destinataire de la prestation. Néanmoins, même en Suisse, la facture conforme sur le plan formel constitue pour toutes les parties concernées le moyen le plus simple de documenter les faits pertinents au regard de la TVA dans le cadre d’un échange de prestations. C’est la raison pour laquelle nous présenterons tout d’abord ici les principes fondamentaux suisses, avant d’aborder ensuite les dispositions de l’UE.

 

Forme et contenu de la facture dans le droit suisse de la TVA

En vertu de l'art. 26 LTVA, une facture doit, en règle générale, mentionner les éléments suivants:

  1. le nom et le lieu du prestataire, tels qu’il les utilise dans ses relations commerciales, la mention indiquant qu’il est inscrit au registre des assujettis, ainsi que le numéro sous lequel il est inscrit ;
  2. le nom et l’adresse du destinataire de la prestation, tels qu’il ou elle les utilise dans ses relations commerciales ;
  3. la date ou la période de prestation, dans la mesure où celles-ci ne coïncident pas avec la date de la facture ;
  4. la nature, l’objet et l’étendue de la prestation ;
  5. la contrepartie de la prestation ;
  6. le taux d’imposition applicable (les différents taux d’imposition doivent toujours être indiqués séparément) et le montant de la taxe due sur la contrepartie ; si la contrepartie inclut la taxe, l’indication du taux d’imposition applicable suffit.

Pour les factures émises par des caisses automatiques (p. ex. tickets de parking), les informations relatives au destinataire de la prestation ne doivent pas figurer, pour autant que la contrepartie indiquée ne dépasse pas le montant de 400 CHF ; toutefois, ces factures ne donnent pas droit à un remboursement de la taxe dans le cadre de la procédure de remboursement. Il en va de même pour les coupons émis par les caisses enregistreuses. Dans le cas des notes de crédit, le bénéficiaire de la note de crédit doit être désigné avec toutes les informations nécessaires (n° de TVA ou n° IDE)

Il convient de noter que, lors de l’application de la procédure de déclaration, la mention de la taxe n’est pas autorisée, mais que la mention de la procédure de déclaration doit figurer.

Les transactions intra-groupe ne doivent comporter aucune mention de la TVA lorsqu’il est fait usage de l’imposition de groupe.

Lorsque des prestations soumises à des taux d’imposition différents sont fournies, une ventilation par taux d’imposition est nécessaire pour le décompte de la TVA. Ces prestations doivent donc toujours être indiquées séparément.

Les factures électroniques (e-factures, factures papier numérisées et fichiers PDF transmis par voie électronique, par exemple par e-mail ou par téléchargement) ont la même force probante qu’un document papier en matière de perception de l’impôt, de perception de la taxe et de déduction de la TVA en amont. La preuve de l’origine (identité) et de l’inaltérabilité des données (authenticité) doit être apportée, qu’elles soient transmises sur papier ou par voie électronique.

Forme et contenu de la facture dans la législation européenne sur la TVA

Les conditions de facturation dans l'UE vont plus loin que celles de la Suisse. Afin de créer des exigences uniformes, la facturation a été largement harmonisée dans l'UE au moyen de la «Directive relative au système de la TVA» (Directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006). Ainsi, dans l'UE, une facture doit en principe obligatoirement mentionner les indications suivantes (il s’agit ici des exigences minimales fondées sur la directive européenne. Il convient toutefois de souligner que chaque pays est libre d’imposer des exigences supplémentaires en matière de facturation) :

  1. la date d’émission ;
  2. un numéro séquentiel composé d’une ou plusieurs séries de chiffres, attribué de manière unique à des fins d’identification (numéro de facture) ;
  3. le numéro d’identification à la TVA (numéro TVA) attribué au prestataire ;
  4. le nom complet et l’adresse complète du prestataire ainsi que du destinataire de la prestation ;
  5. la quantité et la nature (dénomination commerciale) des biens livrés ou l’étendue et la nature de la prestation de services ;
  6. la date de conclusion de la transaction ou la date de paiement (si elle diffère de la date de facturation)
  7. le taux de TVA applicable ;
  8. le montant de la TVA à acquitter ;
  9. la ventilation du montant de la TVA à acquitter par taux d’imposition ou exonération ;
  10. le prix unitaire du bien ou du service hors TVA, hors réduction de prix ou remboursement (si ceux-ci ne sont pas inclus dans le prix unitaire) ;
  11. en cas d’exonération fiscale : référence aux dispositions législatives européennes ou nationales applicables justifiant l’exonération ;
  12. lorsque le destinataire de la prestation est redevable de la taxe : mention « RC » (Reverse Charge – autoliquidation) ;
  13. Livraison de véhicules neufs au sein de l’UE : informations conformément à l’article 2, paragraphe 2, point b), de la directive relative au système de TVA (par exemple, pour une voiture particulière, son âge et son kilométrage) ;
  14. Imposition de la marge : référence aux dispositions particulières applicables (par exemple, «disposition particulière pour les agences de voyage») ;
  15. Procédure de note de crédit (la facture n’est pas émise par le prestataire, mais par le destinataire de la prestation) ; mention « note de crédit »
  16. Le redevable de la taxe est le représentant fiscal : son numéro d’identification TVA, son nom et son adresse
  17. Le prestataire utilise un système de comptabilité de caisse ; mention « imposition sur la base des recettes encaissées »

Checklist pratique

  • Vérifier la présence du nom et de la localité du fournisseur et du destinataire tels qu'enregistrés.
  • Confirmer l'indication du numéro d'identification TVA du fournisseur et, le cas échéant, du destinataire.
  • S'assurer que la date de prestation ou la période de prestation est clairement mentionnée si différente de la date de facture.
  • Vérifier que le genre, l'objet et le volume de la prestation sont décrits avec précision.
  • Contrôler l'indication séparée des taux d'imposition applicables et du montant de l'impôt dû.
  • Pour l'UE : s'assurer de l'existence d'un numéro séquentiel unique identifiant la facture.
  • Pour l'UE : vérifier la mention de la date d'émission de la facture.
  • Pour l'UE : confirmer la présence de la base d'imposition et du prix unitaire hors TVA.
  • Vérifier la mention spécifique « RC » (Reverse Charge) si le destinataire est redevable de la taxe.
  • S'assurer que les factures électroniques disposent des preuves d'origine et d'authenticité requises.

Une facture simplifiée, qui correspond pour l'essentiel à la facture pour petits montants en vigueur dans l'UE, doit comporter les informations suivantes :

  1. Date d'émission
  2. Numéro d'identification TVA du prestataire
  3. Nature des biens livrés ou des services fournis
  4. Montant de la TVA à acquitter – ou données nécessaires à son calcul
  5. Référence précise et sans ambiguïté à la facture initiale et aux éléments modifiés (note de crédit, note de débit ou tout autre document traité comme une facture).

Outre les conditions de facturation susmentionnées figurant dans la directive relative au système de TVA, les directives spécifiques 2001/115/CE et 2010/45/UE ont été adoptées ; celles-ci contiennent des informations complémentaires sur la facturation. En conséquence, des exigences spécifiques supplémentaires en matière de facturation peuvent s’appliquer dans certains cas particuliers (par exemple, l’imposition de la marge, le commerce d’œuvres d’art et d’antiquités, etc.). De plus, contrairement à la Suisse, l’Union européenne impose, conformément à l’article 220 de la directive relative au système de TVA, l’obligation d’établir une facture. Cette obligation peut être levée lorsque seules des prestations exonérées de TVA sont facturées. Il convient par ailleurs de noter que, dans le cadre d’opérations intracommunautaires, notamment lorsque le destinataire de la prestation est le redevable de la taxe, les États membres peuvent, conformément à l’article 222 de la directive relative au système de TVA, fixer aux assujettis des délais appropriés pour l’émission de la facture.

Les factures électroniques ont la même valeur que les factures sur papier. Sous réserve de l’accord du destinataire, l’entreprise est libre d’émettre des factures électroniques. Il convient de noter que la facturation électronique sera à l’avenir obligatoire dans le cadre des marchés publics.

Conclusion

En résumé, on peut retenir que les exigences relatives au contenu des factures conformes à la TVA dans l’UE sont soumises à des règles plus strictes qu’en Suisse. La directive « système TVA » de l’UE définit certes les conditions générales d’une facture conforme à la TVA. Toutefois, les directives de l’UE ne sont pas directement applicables et doivent donc d’abord être transposées en droit national par les États membres de l’UE. Par conséquent, ce sont les règles locales en matière de facturation, telles qu’elles découlent de la législation locale, qui s’appliquent.

Pour aller plus loin:

FAQ: Conditions de facturation

Une facture est-elle obligatoire en Suisse pour chaque prestation ?

Non, en Suisse, un assujetti n'est tenu d'établir une facture qu'à la demande du destinataire de la prestation. Cependant, une facture correcte facilite grandement la déduction de l'impôt préalable.

Quelles sont les différences majeures entre la facturation suisse et européenne ?

L'UE impose une obligation générale de facturation avec des exigences de contenu plus détaillées (numéro séquentiel, adresses complètes, date d'émission). En Suisse, les règles sont plus souples, bien que les éléments essentiels (numéro TVA, montant, taux) soient similaires.

Les factures électroniques sont-elles acceptées ?

Oui, les factures électroniques (PDF, e-factures) ont la même valeur probante que les factures papier, tant en Suisse que dans l'UE, à condition que l'origine et l'authenticité soient garanties.

Comment gérer les factures de faible montant en Suisse ?

Pour les factures établies par des caisses automatisées ou des tickets ne dépassant pas CHF 400.–, l'indication du destinataire n'est pas requise. Ces documents ne donnent toutefois pas droit à un remboursement d'impôt dans la procédure de remboursement.

Que se passe-t-il en cas d'erreur formelle sur une facture ?

En Suisse, le principe de la libre appréciation des preuves permet parfois de corriger l'absence d'une facture formelle, mais cela complique la preuve. Dans l'UE, le droit est plus strict et une facture incorrecte peut entraîner le refus de la déduction de l'impôt préalable.

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