Présentéisme: Travailler lorsqu’on est malade
EN BREF
Le présentéisme, soit le fait de venir travailler alors que l'on est malade, touche plus d'un quart des collaborateurs suisses et engendre des coûts de productivité bien supérieurs à l'absentéisme. Ce phénomène, souvent motivé par la peur de surcharger l'équipe ou par une culture d'entreprise inadaptée, expose les salariés à des risques de chronicité et les entreprises à des pertes financières estimées à 5 milliards de francs par année.
À retenir:
- 26,3 % des collaborateurs se rendent au travail malades, principalement par crainte de surcharger leurs collègues.
- La perte de productivité liée au présentéisme coûte 5 milliards de francs à l'économie suisse chaque année.
- Une culture d'entreprise qui sanctionne l'absence ou minimise la maladie favorise le présentéisme.
- Le présentéisme augmente les risques d'accidents du travail et de contamination des collègues.
- Une gestion de la santé en entreprise (GSE) et une communication claire sont essentielles pour prévenir ce phénomène.

Aides de travail appropriées
Comment gérer efficacement le phénomène du présentéisme en entreprise ?
Le présentéisme
Les supérieurs hiérarchiques et les responsables RH connaissent bien le phénomène: des collaborateurs annoncent une absence pour maladie à la dernière minute, puis reviennent au travail un ou deux jours plus tard. Le scénario se répète avec une grande régularité. Les tâches urgentes doivent alors être réparties au sein des équipes, tandis que les tâches moins prioritaires restent en suspens. De nombreuses entreprises ont désormais identifié le problème et prennent des mesures adaptées pour limiter les absences courtes et fréquentes, notamment en mettant en place une gestion systématique des absences. À l’inverse, les collaborateurs qui viennent travailler malgré des symptômes de maladie restent encore peu pris en compte par les responsables RH. D’où vient ce zèle et comment y faire face?
Une enquête représentative de Travail.Suisse, l’organisation faîtière des travailleurs, fournit des chiffres sur le présentéisme (voir illustration). En 2022, plus d’un quart des collaborateurs interrogés se sont rendus au travail alors qu’ils étaient malades (26,3%). La raison la plus fréquemment invoquée est la crainte que les autres membres de l’équipe doivent assumer des tâches supplémentaires (42,3%), suivie de la peur que le travail reste inachevé (38,9%). Un quart des collaborateurs ne souhaitent pas être considérés comme peu disposés à travailler (24,9%). Enfin, près d’un collaborateur sur cinq pense qu’il serait soupçonné de simuler s’il s’absentait pour maladie (18,3%).
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Présent, sans être vraiment là
À première vue, le présentéisme repose sur des motivations louables. Un sens aigu du devoir et un fort esprit d’équipe expliquent pourquoi certains collaborateurs accordent davantage d’importance à l’accomplissement de leurs tâches qu’au repos nécessaire pour se rétablir. Il est pourtant évident que des collaborateurs dont la santé est fragilisée ne peuvent guère travailler à pleine capacité et sont donc moins productifs. Si venir au travail avec le nez qui coule et des maux de tête présente peu d’intérêt pour l’entreprise, d’autres raisons que la volonté de bien faire doivent expliquer ce comportement.
En réalité, la culture d’entreprise et celle de l’équipe influencent fortement le comportement des collaborateurs en cas de maladie. Existe-t-il un large consensus sur la priorité à accorder à leur santé et à leur bien-être, ainsi que sur le fait qu’il est parfaitement acceptable de rester chez soi lorsqu’on est malade? Cette position est-elle communiquée explicitement et appliquée à tous les niveaux hiérarchiques? Ou laisse-t-on plutôt entendre qu’un mal de gorge et des courbatures n’empêchent pas d’accomplir les tâches les plus urgentes, et que des troubles digestifs justifient certes de renoncer au repas de midi, mais en aucun cas de manquer la réunion d’équipe?
Des pertes de productivité importantes
Le présentéisme a des conséquences sérieuses, tant pour les collaborateurs que pour l’entreprise. Premièrement, une maladie peut devenir chronique si les collaborateurs concernés ne se ménagent pas. Dans le pire des cas, cela peut entraîner une incapacité de travail durable. Deuxièmement, ceux qui se rendent au travail avec un rhume ou une grippe risquent de contaminer leurs collègues, ce qui peut provoquer l’absence d’une part importante du personnel. Troisièmement, les risques pour la sécurité augmentent, car le manque de concentration favorise les accidents du travail.
À cela s’ajoutent les coûts directs considérables liés à la baisse de performance des collaborateurs malades. Les pertes de productivité dues au présentéisme sont en effet nettement supérieures à celles liées au phénomène inverse, l’absentéisme: l’économie perd chaque année pas moins de 5 milliards de francs parce que des collaborateurs malades ne peuvent travailler qu’à capacité réduite (Obsan 2024).
Checklist pratique
- Évaluer la culture actuelle de l'entreprise concernant la maladie et l'absence.
- Communiquez explicitement que la santé prime sur la performance immédiate.
- Sensibilisez les collaborateurs aux risques du présentéisme via des cours de gestion du stress.
- Vérifiez que les charges de travail et les délais sont réalistes pour éviter la surcharge.
- Formez les managers à mener des entretiens d'absentéisme dans une atmosphère de confiance.
- Évitez toute sanction ou pression lors du retour de maladie pour ne pas encourager le présentéisme.
- Mettez en place une gestion de la santé en entreprise (GSE) incluant coaching et offres de prévention.
- Développez des programmes spécifiques pour les maladies chroniques ou psychiques favorisant le retour progressif.
- Surveillez les indicateurs de sécurité pour détecter une baisse de concentration liée à la fatigue.
- Promouvez le bien-être global comme priorité stratégique de l'organisation.
Identifier les besoins et mettre en œuvre des mesures
Comment les entreprises doivent-elles donc réagir? La réponse dépend de ce que l’on entend exactement par ce phénomène. Si l’on désigne simplement le fait de venir travailler en étant malade, il paraît logique de favoriser la guérison et donc l’absence du travail. Si l’on élargit la perspective à la médecine fondée sur les preuves et à la prévention, un objectif prioritaire peut aussi consister à accompagner dans leur activité les collaborateurs dont la santé est limitée. En cas de douleurs dorsales, par exemple, l’arrêt de l’activité professionnelle est déconseillé; de même, en cas de maladie psychique, le maintien au travail aussi longtemps que possible ou une reprise rapide de l’activité favorisent le processus de guérison. Enfin, si l’on considère la présence au travail malgré la maladie et l’absentéisme comme deux dimensions d’une même problématique de santé, les recommandations de prévention conduisent à renforcer la promotion de la santé en entreprise.
Quel que soit l’angle retenu, les recommandations suivantes peuvent être formulées:
- Favoriser la prise de conscience et renforcer les compétences en santé: les collaborateurs dont le rapport excessif et compulsif au travail favorise ce comportement doivent être sensibilisés à ses conséquences. Des conseils en gestion du stress, un accompagnement en santé ou des cours de pleine conscience peuvent y contribuer.
- Organiser les tâches en tenant compte des collaborateurs: il existe un lien étroit entre ce phénomène, la charge de travail et la pression des délais. Il faut donc toujours prévoir des ressources suffisantes pour accomplir les tâches.
- Instaurer une culture de management fondée sur la reconnaissance: la manière dont l’entreprise gère les absences influence directement la tendance à travailler en étant malade. Les entretiens relatifs aux absences ne remplissent leur objectif que s’ils sont bien préparés et se déroulent dans un climat de confiance. Ils permettent alors d’agir sur les causes des absences et de soutenir les collaborateurs. Dès que les absences sont sanctionnées, la propension à venir travailler malgré la maladie augmente automatiquement.
- Mettre en place une gestion de la santé en entreprise (GSE): différentes mesures peuvent être réunies dans une démarche globale. Une GSE complète va du conseil externe aux collaborateurs et aux spécialistes à l’accompagnement et à la formation, en passant par des offres de prévention de type PreCare comprenant des programmes préventifs, des journées santé et des démarches pour prendre soin de soi. En agissant à la fois sur les comportements et sur les conditions de travail, ces mesures favorisent durablement la santé des collaborateurs et influencent directement ce phénomène.
Conclusion
Le présentéisme est un phénomène répandu auquel les responsables RH et les supérieurs hiérarchiques accordent encore trop peu d’attention. Ses conséquences touchent aussi bien les collaborateurs que l’entreprise. Pour le prévenir de manière ciblée, il est recommandé de l’inscrire dans une démarche globale de promotion de la santé et d’agir au moyen des mesures de gestion de la santé en entreprise.
FAQ: Présentéisme
Quelle est la différence entre présentéisme et absentéisme ?
L'absentéisme correspond à l'absence physique du travail en raison d'une maladie, tandis que le présentéisme désigne la présence au travail malgré une maladie, entraînant une baisse de productivité et des risques accrus.
Pourquoi les collaborateurs viennent-ils travailler alors qu'ils sont malades ?
Les raisons principales incluent la crainte de surcharger l'équipe, la peur d'être perçu comme peu performant, la pression des délais et une culture d'entreprise qui ne valorise pas suffisamment le repos.
Quel est l'impact économique du présentéisme pour une entreprise ?
Le présentéisme génère des coûts directs considérables dus à la perte de productivité. En Suisse, l'économie perd chaque année 5 milliards de francs à cause de collaborateurs malades partiellement performants.
Comment une entreprise peut-elle lutter contre le présentéisme ?
Il est recommandé de promouvoir une culture de confiance, d'adapter les charges de travail, de former les managers et de mettre en place une gestion de la santé en entreprise (GSE) globale.
Le présentéisme est-il toujours négatif pour la santé ?
Oui, il peut entraîner des maladies chroniques, augmenter les risques d'accidents du travail et favoriser la propagation de maladies infectieuses au sein des équipes.