Rectification fiscale: Dans quels cas une décision peut-elle être corrigée?

Il y a rectification fiscale lorsque des décisions de taxation ou d'autres décisions entrées en force sont modifiées en faveur ou au détriment d'un contribuable. La particularité d'une telle rectification des erreurs dites « de chancellerie » réside dans le fait qu'elle peut être effectuée malgré la force de chose jugée formelle des décisions modifiées.

13/07/2026 De: Alain Villard
Rectification fiscale

EN BREF
La rectification fiscale permet de corriger certaines erreurs figurant dans une décision fiscale déjà entrée en force. Elle concerne uniquement les erreurs de calcul ou de transcription qui ne reflètent pas la volonté réelle de l'autorité fiscale, et non une mauvaise appréciation juridique ou des faits.

À retenir:
→ une décision entrée en force peut être corrigée dans certains cas précis.
→ seules les erreurs de calcul et de transcription sont visées.
→ la rectification peut intervenir d'office ou sur demande du contribuable.
→ le délai est en principe de cinq ans dès la notification de la décision.
→ une erreur d'appréciation juridique ne peut pas être corrigée par cette procédure.

Bases légales

Niveau réglementaireBase légale

Confédération (impôt fédéral direct)

Confédération (impôt anticipé)

art. 150 LIFD

art. 60 LIA

Cantonsart. 52 LHID

Définition

Il y a rectification fiscale au sens des dispositions précitées lorsqu'une décision de taxation ou une autre décision entrée en force est modifiée, en faveur ou au détriment d'un contribuable.

La particularité de cette rectification de ce que la doctrine qualifie d'erreurs « de chancellerie », ou « matérielles » réside dans le fait que cette rectification peut être effectuée malgré malgré la force de chose jugée formelle des décisions modifiées.

Les erreurs de calcul et de transcription figurant dans une décision ou un prononcé entré en force peuvent être corrigées, sur demande ou d'office, dans un délai de cinq ans à compter de leur notification (art. 150 LIFD et art. 52 LHID).

Rectification des erreurs de calcul et de transcription

Notion

Par rectification fiscale, on entend généralement la correction de ce que la doctrine qualifie d'erreurs  « de chancellerie », ou « matérielles ». Il ne s'agit pas d'erreurs affectant le fond de la décision, c'est-à-dire la formation de la volonté de l'autorité fiscale, mais d'erreurs intervenues lors de l'expression de cette volonté.

Art. 150 LIFD – Erreurs de calcul et de transcription

1 Les erreurs de calcul et de transcription figurant dans une décision ou un prononcé entré en force peuvent, sur demande ou d'office, être corrigées dans les cinq ans qui suivent la notification par l'autorité qui les a commises.

2 La correction de l'erreur ou le refus d'y procéder peuvent être attaqués par les mêmes voies de droit que la décision ou le prononcé.

Art. 52 LHID – Erreurs de calcul et de transcription

Les erreurs de calcul et de transcription figurant dans une décision ou un prononcé entré en force peuvent, sur demande ou d'office, être corrigées dans les cinq ans qui suivent la notification par l'autorité qui les a commises.

La raison d'être de l'art. 52 LHID et de l'art. 150 LIFD est de permettre la correction, selon une procédure simple, des décisions et prononcés entrés en force qui ne correspondent pas à la volonté réelle de l'autorité qui les a rendus parce qu'ils contiennent une erreur dans leur expression.

Les erreurs de calcul et de rédaction peuvent, en particulier, passer inaperçues lors de la notification de la décision et n'être découvertes qu'au moment de la perception de l'impôt. Dès lors qu'elles peuvent être constatées objectivement, elles peuvent être corrigées.

La notion d'erreur de calcul est interprétée de manière restrictive. Elle ne vise que les erreurs purement arithmétiques commises lors d'une opération de calcul.

Il y a, en revanche, erreur de transcription lorsque l'auteur exprime un contenu différent de celui qu'il entendait réellement communiquer, autrement dit lorsqu'il commet une erreur dans l'expression de sa volonté.

C'est notamment le cas lorsque la fortune imposable est désignée comme un revenu ou lorsqu'un montant est reporté de manière erronée d'une page à une autre ou d'un formulaire à un autre. Encore faut-il que le contexte permette de déterminer clairement quelle aurait dû être la formulation correcte ou la valeur exacte.

En revanche, une appréciation des faits contraire au dossier ou une interprétation juridique erronée de l'administration fiscale ne constitue, en principe, pas une erreur de transcription.

Les erreurs de calcul et les erreurs « de chancellerie », ou «  matérielles », sont généralement faciles à constater. Une rectification peut néanmoins être opérée même lorsque le contribuable aurait pu découvrir immédiatement l'erreur, mais a omis d'exercer une voie de recours ordinaire.

Procédure de rectification fiscale

Sur le plan procédural, la rectification fiscale est engagée soit à la demande de la personne concernée par la décision, soit d'office par l'autorité qui l'a rendue.

Lorsque la décision est entrée en force, le contribuable dispose d'un droit à la rectification et celle-ci constitue une voie de droit extraordinaire.

En revanche, tant que la décision n'est pas entrée en force, le délai de recours est encore ouvert et le contribuable peut faire valoir les voies de droit ordinaires. En pratique, les erreurs « de chancellerie », ou « matérielles », sont toutefois généralement corrigées de manière informelle avant que la décision ne devienne définitive.

Dans le système des voies de droit, la rectification confère au contribuable une position juridique plus forte que le réexamen, ce dernier ne lui ouvrant pas un droit à l'exécution.

La demande de rectification peut être présentée dans un délai de cinq ans. Il s'agit d'un délai de prescription absolu. Il convient de relever que ce délai commence à courir dès la notification de la décision et non à partir de son entrée en force.

Contrairement à l'art. 150 LIFD, l'art. 52 LHID ne prévoit pas expressément de voie de recours contre la décision de rectification ou le refus de procéder à une rectification. Il convient toutefois d’admettre qu’un recours peut être formé par la même voie de droit que celle qui aurait été ouverte contre la décision si celle-ci n’était pas encore entrée en force.

Exemples pratiques d'erreurs de calcul et de transcription

Les erreurs de calcul et les erreurs de transcription peuvent revêtir des formes très diverses dans la pratique. Constituent notamment des erreurs susceptibles d'être rectifiées :

  • les erreurs « de chancellerie », ou « matérielles », commises lors de la saisie des éléments imposables destinés à l'établissement de la taxation ;  
  • les erreurs de calcul dans la détermination de l'impôt ;
  • les erreurs imputables au système informatique utilisé par l'administration fiscale ;
  • le calcul erroné de l'impôt simple, par exemple en raison de l'absence d'une répartition complète entre les époux, de l'application d'un barème erroné ou d'une erreur dans le calcul de l'impôt simple ;
  • le calcul erroné de l'impôt simple dans le cadre d'un plan de répartition ;
  • la conversion erronée de l'impôt simple, notamment en raison de l'utilisation d'un groupe de référence incorrect ou d'un taux global d'imposition erroné ;
  • une erreur d'addition ou de soustraction figurant sur le décompte fiscal ;
  • une évaluation erronée d'actions non cotées résultant de la saisie incorrecte des données de base utilisées pour leur évaluation. 

Rectification des erreurs de calcul et d'écriture en matière d'impôt anticipé

Art. 60 LIA

E. Rectification des décomptes cantonaux

1 Les erreurs de calcul et d'écriture dans les relevés des cantons selon l'art. 57 peuvent être corrigées dans les trois ans depuis l'envoi du relevé.

2 Si le différend ne peut être vidé, l'autorité compétente rend une décision qui peut être attaquée par la voie de la réclamation et du recours.

Les erreurs de calcul et les erreurs de transcription figurant dans les décisions de l'Administration fédérale des contributions (AFC) et des administrations fiscales cantonales relatives au remboursement de l'impôt anticipé peuvent être corrigées dans un délai de trois ans à compter de la notification de la décision ou de l'établissement du décompte.

Contrairement aux dispositions présentées ci-dessus, l'art. 60 LIA régit principalement les relations fiscales entre les cantons et la Confédération dans le cadre de la procédure de décompte. Ainsi, en vertu de l'art. 57, al. 3, LIA, l'AFC peut contrôler les créances d'impôt anticipé remboursées par les administrations cantonales et les réduire lorsqu'elle constate des irrégularités.

La loi ne précise pas si, à la suite d'une telle rectification du décompte entre la Confédération et un canton, un remboursement peut également être ordonné en faveur du contribuable dans un délai de six mois. En pratique, une telle situation devrait être exceptionnelle. D'un point de vue juridique, cette possibilité ne peut toutefois pas être totalement exclue.

En ce qui concerne la compétence pour statuer sur une rectification, une incertitude subsiste lorsque l'AFC, en tant que destinataire du décompte, et le canton, en tant qu'auteur de la rectification, ne parviennent pas à s'entendre.

Il y a lieu d’admettre que l'AFC ne saurait être compétente ni pour le décompte ni pour la rectification. Il en va de même de la procédure de recours prévue à l'art. 60, al. 2, LIA contre une décision rendue dans ce contexte.

Checklist pratique
→ la décision est déjà entrée en force.
→ l'erreur est objectivement identifiable.
→ il s'agit d'une erreur de calcul ou de transcription.
→ l'erreur ne résulte pas d'une interprétation juridique contestable.
→ le délai légal de cinq ans n'est pas expiré (ou de trois ans en matière d'impôt anticipé selon les cas).
→ les documents permettant de démontrer l'erreur sont disponibles.
→ la demande est adressée à l'autorité qui a rendu la décision.
→ les voies de recours ordinaires ne sont plus ouvertes lorsque la rectification est sollicitée.

Renonciation à la correction dans les cas de moindre importance

En pratique, l'administration fiscale renonce à procéder d'office à la correction d'une erreur de calcul ou de transcription dans les cas de moindre importance.

Sont considérées comme des cas de moindre importance les corrections qui donnent lieu à un redressement ou à un remboursement inférieur à CHF 50.–.

Cette règle ne prive toutefois pas le contribuable de son droit à obtenir une rectification. En effet, lorsqu'il en fait la demande, la correction est également effectuée si le remboursement est inférieur à CHF 50.–.

FAQ: Rectification fiscale

Quelle est la différence entre une rectification fiscale et un recours ?

Le recours permet de contester le contenu d'une décision encore susceptible de recours, tandis que la rectification vise uniquement à corriger certaines erreurs matérielles d'une décision déjà entrée en force.

Une erreur de calcul peut-elle être corrigée plusieurs années après la taxation ?

Oui, dans le respect du délai légal applicable, qui est généralement de cinq ans à compter de la notification de la décision.

Une erreur d'interprétation du droit peut-elle être rectifiée ?

En principe non. Une mauvaise appréciation juridique relève des voies de recours ordinaires ou, selon les circonstances, d'autres procédures extraordinaires prévues par la législation.

L'administration fiscale peut-elle corriger une erreur sans demande du contribuable ?

Oui. La rectification peut être effectuée d'office lorsque les conditions légales sont réunies.

Pour aller plus loin :

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