Job sharing: Risque ou opportunité pour les PME?

EN BREF

Le job sharing permet aux PME suisses de combler le fossé entre le travail à temps partiel et les postes à haute responsabilité, transformant une contrainte perçue en un levier de productivité et de rétention des talents. En partageant un poste à temps plein entre deux collaborateurs, les entreprises bénéficient de compétences doubles pour un seul poste, tout en favorisant l'égalité des chances et en sécurisant la transmission du savoir-faire lors des successions.

À retenir:

  • Le job sharing comble le manque de spécialistes qualifiés en permettant à des talents (souvent des femmes) de rester à des postes de direction tout en travaillant à temps partiel.
  • Contrairement au job splitting, le job sharing implique une responsabilité commune et une collaboration étroite entre les partenaires du tandem.
  • Les études montrent que la productivité augmente lorsque les collaborateurs sont satisfaits et que leur taux d'occupation est inférieur à 80 %.
  • Le job sharing intergénérationnel est une stratégie clé pour transmettre le savoir-faire des baby-boomers aux jeunes générations.
  • La mise en place nécessite une communication renforcée et des outils de collaboration modernes pour garantir le transfert d'informations.
02/09/2026 De: Nassima Boulaouche, Melanie Müller
Job sharing

Comment le job sharing transforme-t-il les défis de succession et de pénurie de talents en opportunités pour les PME suisses ?

Le job sharing est encore l'exception. Trop compliqué, trop cher, trop inefficace, tels sont les préjugés. Pourtant, c'est exactement le contraire: un gain de productivité, de connaissances et de compétences. C’est aussi une solution innovante pour l'égalité des chances et le règlement des successions dans les PME.

La Suisse est connue pour sa productivité et son éthique de travail élevées. Et pourtant, un tiers des salariés travaillent à temps partiel. La répartition entre les sexes n'est pas surprenante. Alors que 60% des femmes travaillent à temps partiel, les hommes ne sont que 18% (OFS, 2020) – en Suisse, ce sont généralement les femmes qui s'occupent des enfants ou des proches nécessitant des soins. Le fait que le travail à temps partiel est un frein à la carrière représente un problème. En effet, les tâches à responsabilité ne peuvent souvent pas être accomplies dans le cadre d'un emploi à 60%. Conséquence: en Suisse, les femmes sont nettement sous-représentées dans les postes de direction. La part de celles-ci dans les conseils d'administration n'est que de 23% et de 10% dans la direction des entreprises (rapport Schilling 2020). Une situation pour le moins surprenante, étant donné que les femmes sont désormais plus nombreuses que les hommes à posséder une maturité fédérale et que plus de la moitié des étudiants dans les hautes écoles sont des femmes.

Manque de personnel hautement qualifié

C'est un potentiel inexploité de spécialistes hautement qualifiés qui manque aux entreprises suisses. Le job sharing comble le fossé entre le travail à temps partiel et la carrière. Les entreprises qui ne proposent que des postes à temps plein ou des postes à temps partiel avec peu de responsabilités perdront en outre immanquablement de nombreux talents. En effet, si une femme n'obtient pas un poste à responsabilité après son congé de maternité, il est fort probable qu'elle quitte l'entreprise, et avec elle ses connaissances. La réalité de la vie des hommes a également changé. Ils ressentent de plus en plus le besoin de travailler à temps partiel. Que ce soit parce qu'ils participent à l'éducation des enfants, qu'ils combinent différents métiers ou qu'ils souhaitent avoir plus d'autonomie. Les grandes entreprises ne peuvent plus se permettre depuis longtemps d'ignorer des thèmes sociopolitiques tels que la diversité, l'égalité des chances et l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Les PME devront elles aussi prendre de plus en plus position à ce sujet.

Différentes formes de job sharing

Le principe du job sharing est simple dans son principe: deux ou plusieurs collaborateurs se partagent un poste à temps plein avec une responsabilité commune et des tâches interdépendantes. Les deux collaborateurs – également appelés tandems – se présentent comme une unité et sont évalués comme telle. Dans le cas d'un «job sharing pur», deux collaborateurs sont engagés sous contrat, il y a un compte e-mail et la répartition du travail par personne est identique. On parle de «job sharing hybride» lorsque les employés ont chacun signé un contrat individuel. Les dossiers sont alors répartis entre eux, bien que certaines tâches restent interchangeables. Il va de soi que les deux partenaires en assument ensemble l’entière responsabilité. Il en va tout autrement du job splitting, qui désigne simplement la division d'un poste à temps plein en postes à mi-temps. Le partage de poste est également possible au plus haut niveau de direction. Ce que l'on appelle le topsharing aurait été impensable autrefois, mais il jouit aujourd'hui d'une popularité croissante.

Le jobsplitting est en principe très similaire au travail à temps partiel conventionnel. Un poste à temps plein est divisé en un ou plusieurs postes à temps partiel. Les tâches sont clairement délimitées et assumées indépendamment par les employés à temps partiel. En règle générale, il n'y a guère d'échange ou de besoin de coordination, chacun assume la responsabilité de son propre domaine d'activité.

Le job sharing s'en distingue clairement. Deux personnes (ou plus) partagent un poste à temps plein avec toutes les tâches et les responsabilités en commun. Par rapport au job splitting, ce poste est plus complexe et nécessite une concertation et une étroite collaboration en tandem. Les jobsharers se répartissent les heures de travail de manière flexible. Selon la situation, la répartition du temps peut être de 50/50, 40/60 ou même 70/70, soit plus de 100%, car des responsabilités supplémentaires peuvent ainsi être confiées à ce rôle. C'est précisément dans les postes de direction que de tels modèles d'horaires sont souvent choisis. Dans ce cas, on parle de topsharing ou de co-leadership.

La pandémie de coronavirus peut agir comme un catalyseur supplémentaire. Elle a en effet accéléré la numérisation et le développement de nouvelles formes de travail. Des horaires et des lieux de travail flexibles, de nouveaux moyens de communication, le télétravail, le travail à temps partiel – beaucoup de choses sont devenues possibles, alors que les entreprises étaient auparavant critiques à leur égard. Et les collaborateurs? Ils n'accepteront pas de revenir à des formes de travail rigides.

Pas toujours simple

Le job sharing ne fonctionne toutefois que si l'alchimie entre les partenaires est bonne. Il n'est donc pas facile de trouver le ou les bons partenaires de job sharing ou de topsharing. Pour les PME en particulier, cela peut signifier une procédure de recrutement plus complexe. De plus, les coûts sont plus élevés, car il faut deux postes de travail ou au moins deux ordinateurs pour un poste, ainsi que plus de travail administratif et de gestion. La communication est également plus coûteuse: pour garantir le transfert d'informations, il est conseillé d'organiser une demi-journée en commun, durant laquelle tous les membres de l'équipe sont également présents.

Hausse de la productivité

En contrepartie des défis qui existent aussi avec des postes «normaux» à temps partiel ou à temps plein, l'entreprise gagne deux fois plus de compétences pour un seul poste. Plus d'expérience, de compétences et d'idées pour le prix d'une. Le risque d'épuisement professionnel est en outre moindre, puisque la charge est répartie sur quatre épaules au lieu de deux et que le tandem est en contact étroit. Enfin, une plus grande présence dans l'entreprise est garantie – si l'un des partenaires est en vacances ou absent, par exemple, l'autre peut le remplacer. Le remplaçant n'est alors pas pro forma, mais est tout aussi bien informé des sujets en cours que la personne absente. C'est particulièrement précieux pour les PME, car les collaborateurs assument souvent plusieurs rôles. Autre effet positif à ne pas négliger: des études montrent que la productivité augmente lorsque les collaborateurs sont satisfaits et que leur taux d'occupation est inférieur à 80%. Et comme le job sharing permet d'élargir le pool de candidats d'une entreprise, les pénuries de personnel se réduisent et la pénurie de personnel qualifié peut être combattue.

Job sharing intergénérationnel

Outre la pénurie de main-d'œuvre qualifiée, de nombreuses PME sont confrontées au problème de la succession. En effet, la génération des baby-boomers quittera le marché du travail dans les prochaines années – et avec elle des compétences et des connaissances spécialisées difficiles à trouver. Avec un job sharing intergénérationnel, c'est-à-dire un tandem ayant au moins dix ans de différence d'âge, ce précieux savoir-faire peut être transmis aux jeunes générations. En outre, la personne âgée peut réduire son temps de travail tout en continuant à exercer une activité exigeante. En contrepartie, elle profite des connaissances techniques ainsi que des compétences des jeunes recrues.

Checklist pratique

  • Sensibiliser la direction et les collaborateurs en inscrivant le thème du job sharing à l'agenda de l'entreprise.
  • Étayer les arguments avec des faits scientifiques démontrant l'impact positif sur la productivité et la fidélisation.
  • Créer un pool interne de tandems en listant les collaborateurs intéressés et leurs compétences respectives.
  • Inclure explicitement la possibilité de job sharing (100 % ou partage de poste) dans les offres d'emploi.
  • Prévoir un budget pour des outils de collaboration modernes (boîtes e-mail partagées, logiciels de gestion de projet).
  • Organiser une demi-journée de coordination commune pour garantir le transfert d'informations entre les partenaires.
  • Envisager un coaching professionnel pour optimiser les processus internes et l'organisation du tandem.

Premiers pas vers le job sharing et le top-sharing dans les PME

  • Sensibiliser: Inscrivez activement le thème du job sharing à votre agenda et sensibilisez la direction de l'entreprise et les collaborateurs.
  • Etayer ses arguments: Communiquez les avantages du job sharing en vous basant sur des faits scientifiques. Par exemple, des études montrent que les employés satisfaits sont plus productifs et plus loyaux.
  • Pool interne de tandems: Tenez une liste des collaborateurs à temps partiel intéressés par le job sharing et des collaborateurs à temps plein qui souhaitent réduire leur temps de travail. Mentionnez l'expérience professionnelle, la fonction et le taux d'occupation (souhaité). Cette liste vous aidera à trouver un partenaire de job sharing en interne.
  • Proposer activement le job sharing: Mentionnez explicitement dans les offres d'emploi la possibilité de partage de poste (100% ou job sharing).
  • Proposer un soutien: Pour une nouvelle équipe de job sharing, un coaching professionnel peut être utile, par exemple pour optimiser les processus internes et la meilleure organisation possible. L'association PTO «Part-Time Optimisation» propose des coachings sous go-for-job sharing.ch.

Le job sharing est une possibilité innovante à tous les niveaux de se positionner comme un employeur attractif et moderne, d'augmenter en même temps la satisfaction et la productivité des collaborateurs, ainsi que de trouver et de garder des collaborateurs hautement qualifiés. Une organisation du travail qui présente donc de nombreux avantages, surtout pour les PME.

Nouveaux chiffres et évolutions concernant le job sharing en Suisse

Statistiques actuelles
Selon l’OFS, en 2024, 58,4 % des femmes actives occupées et 21,1 % des hommes actifs occupés en Suisse travaillaient à temps partiel.
Selon le Schillingreport 2026, la part des femmes atteint 22 % dans les directions générales des quelque 100 plus grands employeurs suisses et 34 % dans les conseils d’administration.

Nouveaux résultats d’études
L’étude FHNW/PTO 2024 montre que plus d’un quart des organisations suisses comptant plus de 10 collaborateurs pratiquent désormais le job sharing ou le top sharing.
Cette proportion est encore plus élevée dans les grandes entreprises et de nombreuses organisations font état d’une progression de ces modèles au cours des dix dernières années.

Pénurie de personnel qualifié et démographie
Le départ à la retraite de la génération des baby-boomers accentue la pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Le job sharing – notamment le job sharing intergénérationnel – peut contribuer de manière ciblée à préserver le savoir-faire et à favoriser le transfert de connaissances.

Soutien technologique
Des outils de collaboration modernes (par exemple des boîtes e-mail partagées, des logiciels de gestion de projet) réduisent les efforts de coordination et augmentent l’efficacité des tandems en job sharing.

FAQ: Job sharing

Quelle est la différence entre le job sharing et le job splitting ?

Le job splitting divise simplement un poste à temps plein en postes à temps partiel avec des tâches délimitées et une responsabilité individuelle. Le job sharing implique que deux ou plusieurs collaborateurs partagent un poste à temps plein avec une responsabilité commune, des tâches interdépendantes et une évaluation collective en tant qu'unité.

Le job sharing est-il rentable pour les PME malgré les coûts supplémentaires ?

Oui, bien que les coûts administratifs et de coordination soient plus élevés, le gain de compétences doubles, la réduction du risque d'épuisement professionnel et l'augmentation de la productivité (lorsque l'occupation est inférieure à 80 %) compensent ces investissements. De plus, cela permet de retenir des talents précieux qui auraient autrement quitté l'entreprise.

Comment le job sharing aide-t-il à résoudre les problèmes de succession dans les PME ?

Le job sharing intergénérationnel permet de coupler un collaborateur senior (baby-boomer) avec un junior. Le senior peut réduire son temps de travail tout en transmettant son savoir-faire, tandis que le junior acquiert l'expérience nécessaire. Cela sécurise la continuité des compétences critiques lors du départ à la retraite.

Quels sont les défis principaux à anticiper lors de la mise en place d'un tandem ?

Le défi majeur réside dans la compatibilité des partenaires (« alchimie ») et la nécessité d'une communication intensive. Il est crucial de définir clairement les rôles, d'organiser des temps de coordination réguliers et d'utiliser des outils technologiques adaptés pour éviter les silos d'information.

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