Rédaction du certificat de travail: Formuler les cas sensibles

EN BREF

La rédaction d'un certificat de travail en cas de conflit exige un équilibre délicat entre l'obligation de vérité et le devoir de bienveillance. La jurisprudence suisse autorise la mention d'éléments négatifs, à condition qu'ils soient factuels, pertinents et formulés avec prudence. Les employeurs doivent éviter toute allusion à des pressions indirectes ou à des détails inutiles, tout en signalant les absences prolongées ou les problèmes d'intégration lorsque ceux-ci impactent significativement la relation de travail.

À retenir:

  • La vérité prime sur la bienveillance, mais la formulation doit rester professionnelle et factuelle.
  • Il est interdit de mentionner la date de fin de contrat dans un certificat intermédiaire, même après une résiliation actée.
  • Les absences courantes (rhumes, grippes) ne doivent pas figurer dans le document, contrairement aux arrêts maladie prolongés.
  • Les détails sur les motifs de licenciement immédiat ou le harcèlement doivent être énoncés avec neutralité, sans qualifications pénales non jugées.
  • Une mention de « plein gré » est requise si la démission suit une pression indirecte, sans révéler la nature de cette pression.
11/08/2025 De: Leena Kriegers-Tejura
Rédaction du certificat de travail

Comment rédiger un certificat de travail dans les cas sensibles en Suisse ?

La rédaction du certificat de travail devient particulièrement complexe lorsque la relation de travail a été conflictuelle. Entre vérité, devoir de bienveillance et risque juridique, l’exercice exige rigueur, prudence et connaissance du droit suisse.

Vérité avant bienveillance

Contrairement à une idée répandue, un certificat de travail peut contenir des éléments négatifs – à condition qu’ils soient véridiques, représentatifs et pertinents. La jurisprudence impose une formulation bienveillante, mais subordonnée à l’obligation de vérité. La rédaction du certificat de travail doit donc refléter fidèlement le parcours du collaborateur, sans omettre des éléments déterminants même délicats.

Certificat intermédiaire après résiliation

Même si une résiliation – qu’elle émane de l’employeur ou de l’employé – est déjà actée, il est interdit de mentionner la date de fin de contrat dans un certificat intermédiaire. Ce document ne couvre que la période écoulée jusqu’à sa date d’émission. Une fin effective peut être retardée, notamment pour cause de maladie, rendant toute mention prématurée ou erronée.

Résiliation suggérée : ce qu’il ne faut pas écrire

Lorsqu’un employé choisit de démissionner à la suite d’une pression indirecte, il peut légitimement exiger que le certificat mentionne qu’il a quitté l’entreprise de son plein gré. Le fait que cette décision ait été suggérée ne doit en aucun cas figurer dans le document. La rédaction du certificat de travail se conforme strictement à la forme juridique de la résiliation.

Absence prolongée : quand la mention est-elle requise ?

Lorsqu’une absence pour maladie pèse de manière significative sur la durée totale du contrat, elle doit être mentionnée. Ce n’est pas la durée seule qui compte, mais le rapport entre la durée du contrat et celle de l’interruption. Exemple :

« Monsieur XY n’a plus été en mesure d’exercer sa fonction dès [date], pour des raisons de santé. »

Les absences usuelles (rhumes, grippes, etc.), même si elles durent plusieurs semaines, ne doivent pas apparaître dans un certificat.

Difficultés d’intégration dans une équipe

En cas d’échec d’une réaffectation interne, la rédaction du certificat de travail peut mentionner la situation sans nuire inutilement au collaborateur :

« Monsieur XY a rencontré des difficultés à s’intégrer dans sa nouvelle équipe. En l’absence d’amélioration, nous avons mis fin à la relation de travail. »

Cette formulation respecte le principe de vérité, tout en laissant ouverte une perspective de reconversion.

Checklist pratique

  • Vérifier que tous les éléments négatifs mentionnés sont véridiques et prouvables.
  • S'assurer qu'aucune date de fin de contrat n'apparaît dans un certificat intermédiaire.
  • Confirmer que la mention de l'absence pour maladie est justifiée par son impact sur la durée totale du contrat.
  • Reformuler toute allusion à une pression indirecte pour indiquer simplement que le collaborateur a quitté de son plein gré.
  • Éviter toute description détaillée des motifs de licenciement immédiat, en se limitant à la mention de l'effet immédiat.
  • Utiliser des formulations neutres pour les comportements inappropriés, sans mentionner de délits non jugés.
  • Relire le document pour s'assurer qu'il ne contient aucune allusion à des tensions internes non pertinentes.
  • Vérifier que la formulation respecte le principe de bienveillance tout en restant fidèle à la réalité.
  • S'assurer que le certificat ne contient aucune URL brute ou lien externe.

Résiliation immédiate : comment formuler correctement

Lorsqu’un congédiement immédiat est prononcé (art. 337 CO), il peut être mentionné – à condition que cela soit pertinent pour l’appréciation globale. Le certificat ne doit toutefois pas entrer dans les détails. Une simple mention d’une fin immédiate suffit. Exemple :

« La relation de travail a été résiliée avec effet immédiat au [date]. »

Si la date de sortie est atypique (hors fin de mois), cela suffit souvent à laisser deviner qu’il ne s’agissait pas d’une résiliation ordinaire.

Comportement inapproprié / harcèlement sexuel

En cas de licenciement pour comportement inapproprié – tel que le harcèlement sexuel – la rédaction du certificat de travail doit rester factuelle, sans mention de qualifications pénales sauf jugement formel. Si des faits avérés ont été établis, on peut écrire par exemple :

« La relation de travail a été résiliée, car Monsieur XY n’a pas su respecter les limites personnelles de ses collègues. »

Une formulation plus neutre est aussi envisageable :

« Monsieur XY a eu ponctuellement des difficultés à maintenir une distance professionnelle adéquate, ce qui a généré des tensions dans l’équipe. »

Ces formulations sont parfois contestées par les collaborateurs. Si le comportement est bien à l’origine du licenciement, sa mention est justifiée. En cas de litige, l’autorité de conciliation ou le juge tranchera.

Conséquences pour la pratique RH

En pratique, la plupart des employeurs préfèrent ne rien mentionner pour éviter des conflits. Cette prudence affaiblit cependant la portée informative du certificat de travail, qui devrait constituer un outil fiable dans le processus de recrutement.

La rédaction du certificat de travail dans les cas sensibles exige du discernement, une analyse circonstanciée et le courage de livrer une appréciation juste. Lorsque la formulation est contestée, une conciliation est souvent recherchée devant l’autorité compétente.

FAQ: Rédaction du certificat de travail

Un employeur peut-il mentionner un licenciement pour harcèlement sexuel dans le certificat ?

Oui, mais uniquement de manière factuelle et sans mentionner de qualifications pénales si aucun jugement formel n'a été rendu. Une formulation neutre, telle que « difficultés à maintenir une distance professionnelle adéquate », est recommandée pour respecter le devoir de bienveillance tout en restant véridique.

Doit-on mentionner les absences pour maladie dans le certificat de travail ?

Seules les absences prolongées qui ont un impact significatif sur la durée totale du contrat doivent être mentionnées. Les absences courantes, comme les rhumes ou grippes, ne doivent pas apparaître dans le document.

Comment rédiger un certificat si le collaborateur a démissionné sous la pression ?

Le certificat doit indiquer que le collaborateur a quitté l'entreprise de son plein gré, sans mentionner la pression ou les circonstances ayant conduit à cette décision. La forme juridique de la résiliation prime sur le contexte.

Peut-on indiquer la date de fin de contrat dans un certificat intermédiaire ?

Non, il est strictement interdit de mentionner la date de fin de contrat dans un certificat intermédiaire, même si la résiliation est déjà actée. Ce document ne couvre que la période écoulée jusqu'à sa date d'émission.

Que faire en cas de désaccord sur la formulation du certificat ?

Si le collaborateur conteste la formulation, une conciliation peut être recherchée devant l'autorité compétente. Le juge tranchera ensuite en fonction de la véracité des faits et du respect des obligations légales.

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