Absentéisme: Une stratégie pour gérer les absences

EN BREF

L'absentéisme en Suisse représente un coût annuel d'environ 4,2 milliards de francs, soit 4 à 5 % de la masse salariale totale, incluant des coûts directs comme le paiement des salaires et des coûts indirects tels que la baisse de satisfaction des équipes. Une gestion efficace ne se limite pas au contrôle, mais intègre une approche préventive combinant analyse des données, mesures de santé au travail et distinction claire entre absentéisme, présentéisme et absences planifiées. L'objectif est d'optimiser l'utilisation des ressources humaines en passant d'une logique de sanction à une politique de gestion des présences fondée sur le respect et la prévention.

À retenir:

  • Les absences coûtent cher : 4,2 milliards de francs par an pour l'économie suisse.
  • Il est crucial de distinguer l'absentéisme (manque de motivation) du présentéisme (présence physique mais faible productivité).
  • Une stratégie efficace nécessite l'analyse systématique des données et l'élaboration de mesures préventives.
  • La gestion des présences doit privilégier la reconnaissance et le style de direction plutôt que le contrôle pur.
  • Les coûts indirects, comme la diminution de la satisfaction client, sont souvent sous-estimés.
12/09/2025 De: Brigitte Staub
Absentéisme

Comment mettre en place une stratégie efficace de gestion des absences dans une PME suisse ?

L’objectif de toute entreprise est d’optimaliser l’utilisation de ses ressources afin d’augmenter sa productivité, et donc ses bénéfices. Alors que le taux de fluctuation est un indicateur reconnu, peu d’entreprises disposent d’une stratégie globale pour établir les indicateurs relatifs aux absences.

Les absences coûtent cher

Les coûts que supporte annuellement l’économie suisse en raison des absences font certes régulièrement l’objet de statistiques et de publications. Ces absences – de sept jours en moyenne – pour cause de maladie, d’accident ou de démotivation équivalent à des coûts de près de 4,2 milliards pour l’économie suisse, soit 4 à 5% de la masse salariale totale . Ces données statistiques sont claires: une gestion des absences est nécessaire et recèle un grand potentiel d’optimalisation, peut-être même insoupçonné. Mais elles ne permettent pas de savoir quelles mesures concrètes prendre dans la situation spécifique de son entreprise.

Coûts directs:

  • Paiement du salaire en l’absence du collaborateur
  • Coûts engendrés par les collaborateurs temporaires et le travail supplémentaire 

Coûts indirects:

  • Augmentation des primes d’assurance
  • Diminution de la satisfaction de l’équipe
  • Diminution de la satisfaction des clients

 

C’est pourquoi il devrait être dans l’intérêt de chaque entreprise de déterminer le nombre d’absences, d’en connaître la raison et de planifier puis appliquer des mesures adaptées à l’entreprise afin d’en réduire le nombre.

L’enregistrement et l’analyse des données sont en règle générale confiés à un prestataire interne ou externe. Un groupe de travail de la direction peut se charger d’élaborer les mesures, mais l’application de celles-ci se fait par les cadres, à tous les niveaux.

L’objectif de ce dossier business est de montrer les risques que représentent maladie et accident et de proposer des méthodes préventives et intégratives pour une gestion globale du risque. Tandis que le choix des mesures préventives dépend fortement de la situation de l’entreprise, le processus de gestion des absences et de gestion des cas demande moins d’adaptation au cas précis.

Concepts

On entend par absence toute période durant laquelle la personne ne se trouve pas à son poste de travail, indépendamment de la cause et du paiement ou non d’un salaire. En font donc partie les absences planifiées, sur lesquelles l’employeur a une influence, telles que les vacances, les formations, les jours fériés, les vacances non payées, mais aussi celles sur lesquelles il n’a aucune influence, comme le service militaire ou civil. L’employeur peut en partie exercer un rôle sur certaines absences pour cause de maladie et d’accident (par exemple en prenant des mesures en matière de sécurité au travail, en proposant le vaccin contre la grippe, etc.), mais ne peut rien contre d’autres (accidents non professionnels, qui surviennent lors des loisirs p.ex.).

Les absences imprévues sont celles découlant de maladie, de congé maternité et d’accident. Notons que les accidents survenus pendant les loisirs peuvent générer des absences très fréquentes dans certaines branches et certains groupes d’âge. Les absences abusives font également partie des absences imprévues, car on les justifie souvent par de présumés malaises physiques de durée variable.

Par absentéisme, on entend les absences dues à un manque de motivation ou celles volontairement abusives .

Nous entendons ici par présentéisme le fait d’être physiquement à son poste de travail tout en étant moins productif en raison de problèmes de santé ou de surmenage professionnel. Les causes du présentéisme doivent souvent être recherchées dans le manque de motivation ou de tâches à accomplir («bored out» [malade d’ennui] par analogie à «burn out»).

Malgré la présence physique, la performance réduite de la personne influence tout autant la productivité de l’entreprise qu’une absence pour cause de maladie. La seule différence est qu’il n’est pratiquement pas possible d’en mesurer les effets. De plus, la diminution de la capacité productive augmente le risque d’accident.

Important: Axer la gestion des absences non planifiées uniquement sur la pression et le contrôle ne fait que renforcer la tendance au présentéisme.

Checklist pratique

  • Définir clairement les concepts d'absence, d'absentéisme et de présentéisme au sein de l'entreprise.
  • Mettre en place un système d'enregistrement et d'analyse des données d'absence (interne ou externe).
  • Identifier les causes récurrentes (maladie, accident, démotivation) pour cibler les interventions.
  • Élaborer un groupe de travail de la direction pour définir les mesures préventives adaptées.
  • Intégrer la gestion des absences dans la politique globale de santé et de sécurité au travail.
  • Former les cadres à l'application des mesures et à un style de direction respectueux.
  • Prévoir des incitations positives et de la reconnaissance pour favoriser la présence.
  • Éviter une approche basée uniquement sur la pression, qui risque d'augmenter le présentéisme.
  • Adapter les mesures de prévention selon la situation spécifique de l'entreprise (vaccins, sécurité, etc.).
  • Surveiller régulièrement l'efficacité des mesures mises en place et ajuster la stratégie si nécessaire.

Gestion des présences ou gestion des absences?

S’agit-il de deux concepts distincts ou d’un simple raffinement de langage?

On trouve aussi bien le concept de «gestion des absences» que celui de «gestion des présences» dans la littérature spécialisée et la pratique professionnelle. Il est cependant difficile de savoir si la distinction est faite de manière consciente et volontaire, ou s’il s’agit plutôt d’un euphémisme censé dissimuler l’attention portée aux absences non planifiées.

La gestion des présences consiste à instaurer, en matière de politique du personnel, des conditions cadre garantissant que la présence soit plus honorée que l’absence. Des incitations financières peuvent être prévues à cet effet, mais les félicitations et la reconnaissance des supérieurs sont bien plus efficaces.

A des fins de clarté, nous commencerons par donner notre définition des concepts utilisés dans ce dossier business.

Gestion des présences: la gestion des présences est une tâche de direction essentielle relevant de la responsabilité des différentes divisions; on l’entend ici au sens de planification optimalisée des ressources présentes et de style de direction professionnel, fondé sur le respect mutuel.

Gestion des absences imprévues: par gestion des absences imprévues on entend le relevé systématique des absences imprévues (cf. définition ci-dessus), leur analyse dans le cadre de la gestion de la santé au sein de l’entreprise, et la mise en oeuvre de mesures spécifiques visant à en réduire le nombre et la durée. Cette tâche est confiée à une division de l’entreprise – le plus souvent à la Gestion de la santé ou au département des Ressources humaines – ou à un prestataire externe spécialisé dans le domaine.

Le choix des concepts utilisés devrait se faire bien plus selon la fonction et les objectifs du projet que pour des motifs de marketing. Nous déconseillons de dissimuler la gestion des absences imprévues sous l’appellation «gestion des présences». Qui apprécie ce genre d’emballage trompeur, où le contenu ne correspond pas au contenant?

Cependant, lorsque la culture de l’entreprise veut que programmes et processus soient rebaptisés à l’interne, il est tout à fait justifié de respecter cette habitude, et de donner un nom performant du point de vue marketing. Dans ce cas, la description du programme devrait toutefois mentionner l’optique prise et les objectifs fixés.

La roue réinventée?

On relève les absences au moins depuis que l’on enregistre mécaniquement ou électroniquement les temps de présence. Qu’y a-t-il donc de nouveau dans la gestion des absences? La nouveauté réside dans le fait que la gestion des absences ne se suffit plus à elle-même, mais s’inscrit dans le cadre de la politique de l’entreprise en matière de gestion de la santé et de la sécurité au travail. On analyse les données relatives aux absences afin d’élaborer des mesures individuelles et organisationnelles, ainsi que des mesures de gestion.

FAQ: Absentéisme

Quelle est la différence entre absentéisme et présentéisme ?

L'absentéisme désigne les absences dues à un manque de motivation ou volontairement abusives, tandis que le présentéisme correspond à la présence physique au travail avec une productivité réduite en raison de problèmes de santé ou de surmenage. Le présentéisme est souvent plus difficile à détecter mais impacte autant la productivité que l'absence.

Comment réduire les coûts liés aux absences dans une PME ?

En passant d'une gestion réactive à une stratégie proactive incluant l'analyse des données, la mise en place de mesures préventives (sécurité, santé) et la promotion d'une culture de gestion des présences basée sur la reconnaissance plutôt que sur le contrôle.

Faut-il préférer la gestion des absences ou la gestion des présences ?

Les deux concepts sont liés, mais la gestion des présences est souvent plus efficace car elle vise à créer des conditions favorisant la présence par le respect et la motivation, plutôt que de se concentrer uniquement sur la réduction des absences. Le choix du terme dépend de la culture de l'entreprise et des objectifs du projet.

Qui est responsable de la gestion des absences dans une entreprise ?

La responsabilité est partagée : la direction définit les mesures via un groupe de travail, le département des Ressources humaines ou la Gestion de la santé assure le relevé et l'analyse, tandis que les cadres appliquent les mesures au quotidien.

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