Equal Pay: Comment évaluer les postes selon les nouveaux critères de l’UE?
Contenu
- Comment évaluer les postes de travail de manière non sexiste conformément à la directive européenne sur l'Equal Pay?
- Qu’est-ce que l’equal pay?
- L’évaluation du travail comme point de départ d’une rémunération équitable
- Quel travail possède quelle valeur dans l’entreprise et pourquoi?
- Ce qu’exige la directive européenne sur la transparence des rémunérations
- Les quatre critères d’évaluation en bref
- Pourquoi le choix de la méthode d’évaluation est déterminant
- Évaluation globale des postes: rapide, mais peu transparente
- Évaluation analytique des postes: comparer le travail dans ses différentes composantes
- Ce que la directive change pour les entreprises
- Importance pour les entreprises suisses
- Conclusion: une rémunération équitable commence par la définition de la valeur
- FAQ: Equal Pay
EN BREF
La directive (UE) 2023/970 impose aux employeurs d'évaluer le travail sur la base de critères objectifs et non sexistes pour garantir l'equal pay. Cette approche vise à identifier si des activités différentes ont une valeur comparable, indépendamment du genre des personnes qui les exercent. Pour les entreprises suisses, cette évolution européenne influence les attentes en matière de transparence salariale et de conformité, même sans obligation directe de transposition.
À retenir:
- Les quatre catégories de référence pour l'évaluation sont les compétences, les contraintes, les responsabilités et les conditions de travail.
- L'évaluation doit inclure les exigences psychosociales et émotionnelles, souvent sous-évaluées dans les professions à prédominance féminine.
- Le principe du « travail de valeur égale » permet de comparer des fonctions distinctes mais présentant des exigences comparables.
- Les méthodes analytiques d'évaluation des postes sont préférables car elles rendent les critères de valorisation visibles et documentables.
- En Suisse, l'écart salarial inexpliqué reste significatif, ce qui justifie un examen critique des systèmes de rémunération existants.

Aides de travail appropriées
Comment évaluer les postes de travail de manière non sexiste conformément à la directive européenne sur l'Equal Pay?
Qu’est-ce que l’equal pay?
Qu’est-ce qu’un salaire équitable? Cette question, apparemment simple, n’a pas de réponse simple. Les qualifications, l’expérience professionnelle, les responsabilités, les performances, le marché du travail et les conditions économiques peuvent influencer le niveau de rémunération. Mais d’un point de vue social et juridique, une limite est claire: le sexe ne doit, ni directement ni indirectement, déterminer la manière dont le travail est évalué et rémunéré.
Les inégalités salariales entre hommes et femmes montrent que cet objectif n’est pas encore atteint. Dans l’Union européenne, le salaire brut moyen des femmes était inférieur d’environ 11,1% à celui des hommes en 2024. En Suisse, selon l’enquête sur la structure des salaires 2022, l’écart salarial moyen total s’élevait à environ 16,2%. Parmi cet écart, 48,2% ne pouvaient pas être expliqués par les facteurs objectifs pris en compte dans le modèle statistique.
Ces chiffres ne mesurent pas automatiquement une discrimination salariale dans un cas particulier. Ils montrent toutefois que des différences structurelles importantes subsistent entre les revenus des femmes et des hommes. C’est précisément pourquoi une question occupe une place de plus en plus centrale: selon quels critères les entreprises déterminent-elles réellement la valeur du travail?
La directive (UE) 2023/970 sur la transparence des rémunérations apporte une réponse claire à cette question. Le travail doit être évalué sur la base de critères objectifs et non sexistes. Il s’agit notamment des compétences, des contraintes, des responsabilités et des conditions de travail. L’évaluation du travail et des postes devient ainsi un instrument central pour garantir des structures salariales transparentes et non discriminatoires.
L’évaluation du travail comme point de départ d’une rémunération équitable
L’equal pay ne commence pas par une grille salariale. Il commence par la décision de déterminer quelles activités une entreprise considère comme exigeantes, contraignantes ou impliquant des responsabilités. Avant de fixer des fourchettes salariales, de classer des fonctions ou de déterminer les salaires individuels, il faut donc répondre à une question plus fondamentale:
Quel travail possède quelle valeur dans l’entreprise et pourquoi?
La réponse est moins neutre qu’il n’y paraît à première vue. Les systèmes d’évaluation des postes reposent sur des critères, des pondérations et des hypothèses. Ils déterminent quelles exigences sont rendues visibles, quelle importance leur est accordée et comment elles sont comparées entre elles. Si certaines exigences sont négligées ou systématiquement sous-évaluées, un système apparemment neutre peut perpétuer les inégalités existantes.
Les facteurs traditionnellement fortement valorisés, tels que la force physique, la responsabilité technique, la responsabilité budgétaire ou la direction de grandes unités organisationnelles, sont souvent très présents dans les professions à prédominance masculine. En revanche, certaines exigences qui jouent un rôle central dans les activités à prédominance féminine restent parfois moins visibles. Il s’agit par exemple:
- de la responsabilité émotionnelle envers d’autres personnes;
- de la gestion des conflits, de la maladie ou des situations de crise;
- de la charge psychique et psychosociale permanente;
- d’exigences élevées en matière de communication et de relations humaines;
- de la coordination simultanée de nombreuses tâches;
- de la responsabilité de la protection, de l’accompagnement, des soins ou du développement d’autres personnes.
Si ces exigences ne sont pas prises en compte ou sont moins fortement pondérées, il en résulte une distorsion structurelle: ce n’est pas directement la performance individuelle des femmes qui est moins bien évaluée, mais les activités exercées majoritairement par des femmes qui peuvent se voir attribuer une valeur systématiquement inférieure.
La question déterminante n’est donc pas seulement de savoir si les femmes et les hommes perçoivent le même salaire pour le même poste. Il faut également se demander si des activités différentes mais de valeur comparable sont effectivement reconnues comme équivalentes.
Travail égal et travail de valeur égale ne sont pas la même chose
Le principe «à travail égal, salaire égal» est insuffisant si l’on se contente de comparer des personnes occupant des postes identiques.
Il y a par exemple travail égal lorsque deux personnes exercent la même activité ou une activité largement identique. En revanche, des fonctions dont le contenu diffère peuvent également constituer un travail de valeur égale. Ce qui compte, c’est de savoir si, considérées dans leur ensemble, les activités présentent des exigences comparables.
Une fonction technique et une activité dans les ressources humaines, les soins ou l’accompagnement peuvent ainsi être de valeur égale, même si leurs tâches diffèrent considérablement. Toutes deux peuvent exiger un niveau élevé de connaissances spécialisées, de responsabilité, de contraintes et de capacité à résoudre des problèmes. Une évaluation équitable du travail doit permettre de telles comparaisons entre différentes fonctions.
C’est précisément sur ce point qu’intervient la directive européenne sur la transparence des rémunérations. Les employeurs doivent mettre en place des structures de rémunération permettant d’évaluer si les travailleurs se trouvent dans une situation comparable au regard de la valeur de leur travail. Les critères déterminants ne sont pas uniquement les intitulés de poste, les salaires antérieurs ou le positionnement hiérarchique, mais des critères objectifs pertinents pour l’activité concernée.
Ce qu’exige la directive européenne sur la transparence des rémunérations
La directive (UE) 2023/970 vise à renforcer l’application du principe européen de l’equal pay entre les femmes et les hommes pour un même travail ou un travail de même valeur. Elle est entrée en vigueur le 6 juin 2023. Les États membres de l’UE devaient transposer ses dispositions dans leur droit national au plus tard le 7 juin 2026.
La transparence, la comparabilité et une application plus efficace du droit sont au cœur de la directive. Selon les modalités de transposition dans chaque pays, les employeurs doivent notamment être en mesure de démontrer de manière compréhensible que leurs structures de rémunération reposent sur des critères objectifs et non sexistes. Pour évaluer un travail de même valeur, la directive mentionne notamment quatre catégories:
- les compétences;
- les contraintes;
- les responsabilités;
- les conditions de travail.
D’autres critères pertinents peuvent s’y ajouter en fonction de la fonction concernée. Ces quatre catégories constituent toutefois le cadre de référence européen commun.
Le choix des critères n’est pas le seul élément important. Leur application concrète, leur description et leur pondération doivent également être non sexistes. Un système d’évaluation formellement neutre ne suffit pas s’il décrit en détail les exigences propres aux activités à prédominance masculine tout en négligeant des exigences comparables dans les activités à prédominance féminine.
Les quatre critères d’évaluation en bref
1. Compétences
Les compétences englobent l’ensemble des connaissances et aptitudes nécessaires à l’exercice d’une activité. Elles peuvent comprendre les formations formelles, les connaissances spécialisées, l’expérience professionnelle ainsi que les compétences cognitives, techniques, sociales, communicationnelles ou organisationnelles.
Une évaluation non sexiste ne doit pas réduire les compétences aux diplômes universitaires ou aux connaissances techniques spécialisées. Des aptitudes telles que la résolution de conflits, la conduite d’entretiens, l’empathie, l’observation, la coordination ou la prise en charge professionnelle de personnes vulnérables peuvent également nécessiter un niveau élevé de qualification.
2. Contraintes
La notion de contrainte ne se limite pas à l’effort physique. Elle englobe toutes les sollicitations physiques, mentales et psychosociales liées à une activité. Il peut s’agir par exemple:
- de l’effort physique ou de mouvements répétitifs;
- d’une concentration soutenue;
- de processus décisionnels complexes;
- du travail sous forte pression temporelle;
- d’interruptions fréquentes;
- de la maîtrise de ses émotions;
- de la confrontation à la souffrance, à l’agressivité ou aux situations de crise;
- de responsabilités exercées dans des situations sociales durablement éprouvantes.
Ce critère présente un risque particulièrement important de distorsions liées au sexe. Les contraintes physiques visibles sont souvent prises en compte dans les systèmes d’évaluation classiques. Les contraintes psychiques et émotionnelles restent en revanche plus facilement invisibles, alors même qu’elles caractérisent de nombreuses professions dans les soins, l’accompagnement, l’éducation et les services.
3. Responsabilité
La responsabilité ne doit pas être assimilée exclusivement à la gestion du personnel, au chiffre d’affaires ou au volume budgétaire. Elle peut également concerner des personnes, des processus, des informations, la sécurité, la qualité ou les conséquences à long terme des décisions.
Un cadre peut être responsable d’un budget important. Un professionnel des soins peut être responsable de la santé et de la sécurité de patients. Un professionnel du domaine social peut être amené à prendre des décisions ayant des conséquences considérables sur la vie d’autres personnes. Ces formes de responsabilité ne sont pas identiques. Elles doivent néanmoins être évaluées selon des critères cohérents et compréhensibles.
4. Conditions de travail
Les conditions de travail décrivent l’environnement dans lequel une activité est exercée. Peuvent notamment être pris en considération le bruit, la chaleur, le froid, la saleté, les risques d’accident, le travail en équipes ou de nuit ainsi que le manque de prévisibilité.
Là encore, une approche globale est nécessaire. Les conditions de travail difficiles ne se rencontrent pas uniquement dans les environnements industriels ou physiquement dangereux. Elles peuvent également résulter d’une forte charge émotionnelle, de comportements agressifs de la part de tiers, d’une disponibilité permanente ou de l’absence de périodes de récupération.
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