Délai de protection: Règles en cas d’incapacité

EN BREF

En Suisse, l'article 336c du Code des obligations interdit aux employeurs de licencier un salarié pendant une incapacité de travail due à une maladie ou un accident non imputable à sa faute. Cette protection varie selon l'ancienneté du collaborateur : 30 jours la première année, 90 jours de la deuxième à la cinquième année, et 180 jours à partir de la sixième année. Il est crucial de noter que ce délai de protection est distinct de l'obligation de maintien du salaire, ce qui peut laisser un employé sans revenu tout en étant protégé contre le licenciement.

À retenir:

  • La protection contre le congé s'applique dès la fin de la période d'essai et durant l'incapacité de travail.
  • Les durées de protection (30, 90 ou 180 jours) dépendent strictement de l'ancienneté dans l'entreprise.
  • Le délai de congé est prolongé de la durée de l'incapacité, dans la limite de la période de protection.
  • La protection ne couvre pas les cas d'incapacité imputables à la faute du travailleur.
  • Un licenciement prononcé durant cette période est nul et le contrat de travail se poursuit.
01/02/2026 De: Gian Geel, Marc Ph. Prinz
Délai de protection

Quelles sont les règles et durées du délai de protection contre le congé en cas d'incapacité de travail en Suisse ?

La loi protège dans une certaine mesure les employés contre le licenciement et la perte de salaire en cas d'incapacité de travail due à une maladie ou à un accident. Ce délai de protection contre le congé empêche les employeurs de prononcer un licenciement tant que l'incapacité de travail est avérée. Vous trouverez ci-dessous toutes les informations relatives à la protection contre le congé pour cause d'incapacité de travail.

Incapacité de travail?

Une première question – cruciale – se pose: l'employé est-il vraiment malade ou inapte au travail ? Souvent, la réponse n'est pas claire. En effet, il arrive malheureusement assez régulièrement que des collaborateurs invoquent ou exagèrent une prétendue maladie afin de bénéficier de la protection juridique qui en découle. En principe, ce sont les médecins qui ont à charge d'évaluer si l'inaptitude au travail est réelle. L'employeur peut exiger la présentation d'un certificat médical. Malheureusement, de nombreux médecins délivrent assez facilement des arrêts de travail (en particulier pour des troubles psychiques), même si l'incapacité de travail n'est pas nécessairement avérée. En réalité, les certificats médicaux ne sont que des moyens de preuve qui doivent être évalués en conséquence. Les tribunaux suisses leur accordent toutefois souvent une importance sacro-sainte, et ces certificats ne sont que très rarement remis en question. L'employeur conserve toutefois le droit, en cas de doute sur l'incapacité de travail, d'exiger à ses frais un examen par un médecin-conseil de son choix.

Le droit suisse reconnaît en principe la possibilité de résilier librement et à tout moment un contrat de travail. Seuls les délais de congé prévus par la loi et convenus contractuellement doivent être respectés. Toutefois, en cas d'empêchement de travailler pour cause de maladie ou d'accident, en cas de grossesse et de maternité, ainsi que pour les personnes effectuant un service, il existe une protection contre le congé limitée dans le temps, conformément à l'art. 336c CO.

Protection contre le congé pour cause d'incapacité de travail

A l'expiration du temps d'essai, l'employeur n'est pas autorisé à résilier le contrat de travail pendant un certain temps, conformément à l'art. 336c CO:

  1. pendant que le travailleur accomplit un service obligatoire, militaire ou dans la protection civile, ou un service civil, en vertu de la législation fédérale, ou encore pendant les quatre semaines qui précédent et qui suivent ce service pour autant qu’il ait duré plus de onze jours;
  2. pendant une incapacité de travail totale ou partielle résultant d’une maladie ou d’un accident non imputables à la faute du travailleur, et cela, durant 30 jours au cours de la première année de service, durant 90 jours de la deuxième à la cinquième année de service et durant 180 jours à partir de la sixième année de service;
  3. pendant la grossesse et au cours des seize semaines qui suivent l’accouchement;
  4. pendant la grossesse et au cours des seize semaines qui suivent l’accouchement;
  5. entre le début du congé de maternité prévu à l’art. 329f, al. 3, et le dernier jour de congé pris, mais pendant trois mois au plus à compter de la fin de la période de protection prévue à la let. C;
  6. tant que dure le droit au congé de prise en charge d’un enfant gravement atteint dans sa santé en raison d’une maladie ou d’un accident, pour une période maximale de six mois à compter du jour où le délai-cadre commence à courir;
  7. pendant le congé prévu en cas de décès de la mère;
  8. pendant que le travailleur participe, avec l’accord de l’employeur, à un service d’aide à l’étranger ordonné par l’autorité fédérale.

Remarque: Les dispositions relatives à la protection contre le congé pour cause d'incapacité de travail prévues par le Code des obligations sont relativement contraignantes, ce qui signifie que seules des périodes de protection plus longues peuvent être convenues. En revanche, un licenciement prononcé pendant le congé de l'autre parent reste valable.

Résiliation durant le délai de protection

Les employeurs ne peuvent pas licencier leurs employés pendant une période d'empêchement de travailler, du moins tant que le délai de protection n'est pas échu.

Sont considérés comme des empêchements de travailler l'incapacité de travail due à une maladie ou à un accident. Le délai de protection s'applique également aux services obligatoires (armée, protection civile et service civil), à la grossesse, à la maternité et au congé de prise en charge d'un enfant gravement atteint dans sa santé. 

Exemple pratique: Lorsqu'une collaboratrice informe son supérieur hiérarchique qu'elle est enceinte, celui-ci résilie immédiatement son contrat de travail en respectant le délai de congé de deux mois. Une telle résiliation, prononcée pendant une période de protection, est invalide («nulle»). Le contrat de travail se poursuit comme si la résiliation n'avait pas été prononcée.

Période de protection et maintien du salaire en cas d'incapacité de travail

Le délai de protection contre le congé n'est pas coordonné avec l'obligation légale de maintien du salaire. Cette dernière est régie par l'art. 324a CO et dépend de l'ancienneté des collaborateurs. Selon que l'échelle bâloise, bernoise ou zurichoise a été choisie, la durée du maintien du salaire augmente avec la durée du contrat de travail. Toutefois, le maintien du salaire prend souvent fin avant la protection contre le congé. Dans de tels cas, il peut arriver que des salariés végètent dans une relation de travail non résiliée en ne percevant plus aucun salaire. Une assurance d'indemnités journalières en cas de maladie permet de combler cette perte de revenu en cas d'absences prolongées. Il n'existe toutefois aucune obligation légale de souscrire une telle assurance.

Exemple pratique

Un collaborateur dans sa deuxième année d'emploi a été licencié pour fin mars, moyennant un délai de congé de deux mois. Le 1er mars, il tombe malade et est en incapacité de travail pendant six semaines, soit jusqu'au 11 avril. Le délai de congé est prolongé de la durée de l'incapacité de travail, mais au maximum de la période de protection. La période de protection, dans la deuxième année d'emploi, est de 90 jours. Dans cet exemple, le délai de congé est prolongé de six semaines jusqu'au 12 mai. Comme la résiliation prend toujours effet à la fin du mois, le contrat de travail prend fin à la fin du mois de mai.

Pendant sa maladie, du 1er mars au 11 avril, le collaborateur continue de percevoir son salaire pendant la durée légale ou convenue. Selon l'échelle bernoise applicable, le maintien du salaire dure quatre semaines, soit jusqu'au 28 mars. Passé cette date, le délai de protection ayant échu, il ne perçoit plus de salaire. Le 12 avril, il reprend le travail, perçoit à nouveau son salaire et travaille jusqu'à la fin mai.

Checklist pratique

  • Vérifier l'ancienneté du collaborateur pour déterminer la durée exacte du délai de protection (30, 90 ou 180 jours).
  • S'assurer que l'incapacité de travail est due à une cause non imputable à la faute du salarié.
  • Exiger un certificat médical valide et, en cas de doute sérieux, demander un examen par un médecin-conseil.
  • Calculer la date de fin de la période de protection avant d'envisager toute procédure de licenciement.
  • Vérifier si le délai de congé doit être prolongé en raison de l'incapacité de travail survenue durant le préavis.
  • S'assurer que le maintien du salaire (art. 324a CO) est géré séparément du délai de protection.
  • Considérer la souscription d'une assurance d'indemnités journalières pour couvrir les périodes où le salaire n'est plus maintenu.
  • Se rappeler que la protection s'étend également aux services militaires, civils, à la grossesse et au congé de maternité.
  • Vérifier si des conventions collectives de travail prévoient des délais de protection plus longs que la loi.
  • Documenter toutes les étapes de gestion de l'absence pour se prémunir contre d'éventuels litiges.

En résumé

La protection contre le congé pour cause d'incapacité de travail est un élément important du droit du travail qui offre stabilité et protection aux salariés. Employeurs et salariés doivent toutefois connaître précisément et prendre en compte différentes réglementations individuelles et conséquences possibles, notamment en matière de maintien du salaire et d'assurances.

FAQ: Délai de protection

Que se passe-t-il si un employeur licencie un salarié durant le délai de protection ?

Le licenciement est nul (« invalide »). Le contrat de travail se poursuit comme si la résiliation n'avait jamais été prononcée, et le salarié conserve tous ses droits jusqu'à la fin de la période de protection ou une résiliation ultérieure valide.

Le délai de protection s'applique-t-il à toutes les maladies ?

Non, la protection ne s'applique qu'aux incapacités de travail résultant d'une maladie ou d'un accident non imputables à la faute du travailleur. Si l'incapacité est due à une faute grave du salarié, la protection ne s'applique pas.

Le délai de protection est-il lié à l'obligation de maintenir le salaire ?

Non, ce sont deux mécanismes distincts. L'obligation de maintenir le salaire (art. 324a CO) dépend de l'ancienneté et peut prendre fin avant la fin du délai de protection. Un salarié peut donc être protégé contre le licenciement sans percevoir de salaire.

Comment est calculé le délai de congé en cas de maladie ?

Le délai de congé est prolongé de la durée de l'incapacité de travail, mais cette prolongation ne peut dépasser la durée de la période de protection légale (30, 90 ou 180 jours selon l'ancienneté). La résiliation prend toujours effet à la fin du mois.

Les médecins peuvent-ils abuser des certificats médicaux pour protéger un employé ?

Bien que les certificats médicaux soient des moyens de preuve importants, les tribunaux suisses leur accordent une grande importance. Cependant, l'employeur conserve le droit, en cas de doute fondé, d'exiger à ses frais un examen par un médecin-conseil de son choix pour vérifier l'incapacité.

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