Service de piquet: Quelles règles lui appliquer en droit du travail?
Contenu
- Comment distinguer le service de piquet du travail sur appel et comment l'indemniser correctement en Suisse?
- En quoi le service de piquet se distingue-t-il des autres formes de travail sur appel?
- Combien de services de piquet un collaborateur peut-il effectuer par mois?
- Quand le service de piquet est-il considéré comme du temps de travail?
- Comment indemniser la permanence dans le cadre d’un service de piquet en dehors de l’entreprise?
- Règles spéciales pour certains groupes professionnels
- FAQ: Service de piquet
EN BREF
Le service de piquet impose aux collaborateurs une disponibilité immédiate en dehors de leur travail normal, distincte du travail sur appel où la disponibilité dépend de la charge de travail. La qualification juridique détermine si le temps de disponibilité est intégralement comptabilisé comme temps de travail, notamment si le délai d'intervention est court ou si le piquet s'effectue sur le lieu de travail. Les règles strictes de l'OLT 1 limitent le nombre de services et imposent des périodes de repos, tandis que la rémunération de la simple disponibilité hors entreprise reste soumise à la convention entre les parties.
À retenir:
- Le service de piquet est limité à 7 jours sur 4 semaines, avec une période de 2 semaines sans piquet obligatoire.
- Un délai d'intervention très court (ex. 15 min) peut transformer un piquet extérieur en temps de travail complet selon le Tribunal fédéral.
- Sur le lieu de travail, l'intégralité du temps de piquet compte comme temps de travail, même avec un local de repos.
- En dehors de l'entreprise, seul le temps d'intervention effectif et le trajet sont généralement considérés comme temps de travail.
- L'indemnisation de la disponibilité hors entreprise doit être explicitement définie dans le contrat de travail.

Aides de travail appropriées
Comment distinguer le service de piquet du travail sur appel et comment l'indemniser correctement en Suisse?
En quoi le service de piquet se distingue-t-il des autres formes de travail sur appel?
Dans le cadre du service de piquet, les collaborateurs se tiennent prêts, en plus de leur travail normal, à intervenir en cas de pannes, d’aide dans des situations d’urgence ou pour des événements spéciaux similaires. Il peut s’agir par exemple d’un service d’urgence dans un hôpital ou d’un service de permanence d’un collaborateur informatique pour remédier à un dysfonctionnement du système d’exploitation. Le service de piquet n’a pas pour but d’absorber les fluctuations de la charge normale de travail. Si un collaborateur doit se tenir prêt à intervenir certains jours de travail et qu’il n’est appelé à travailler que s’il y a suffisamment de travail, il ne s’agit pas de service de piquet, mais de travail sur appel.
Un employé de restaurant, par exemple, qui doit se tenir prêt à répondre aux appels et n’est appelé à travailler sur la terrasse que par beau temps ou un employé d’un salon de coiffure qui n’est appelé à travailler que s’il y a suffisamment de clients effectuent du travail sur appel.
La distinction entre le service de piquet et le travail sur appel peut être difficile à faire dans certains cas, mais elle est importante, car les règles applicables sont différentes.
Combien de services de piquet un collaborateur peut-il effectuer par mois?
Comme le service de piquet s’ajoute à la prestation de travail normale et que l’organisation du temps libre s’en trouve limitée dans une certaine mesure, le nombre de services autorisés de piquet est soumis à des limites légales. Normalement, les collaborateurs peuvent être affectés à un service de piquet pendant au maximum sept jours sur une période de quatre semaines. De plus, une période de deux semaines sans service de piquet doit suivre la fin du dernier service de piquet.
Si, en raison de la taille de l’entreprise, les ressources en personnel sont insuffisantes, les collaborateurs peuvent exceptionnellement être affectés à un service de piquet pendant 14 jours sur une période de quatre semaines. Dans ce cas, le nombre d’interventions de piquet effectivement effectuées ne doit toutefois pas dépasser cinq par mois en moyenne sur une année civile.
Par ailleurs, le service de piquet est soumis à des prescriptions relatives au respect de périodes minimales de repos.
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Quand le service de piquet est-il considéré comme du temps de travail?
La question de la prise en compte du service de piquet dans le temps de travail est délicate. L’article 15 de l’ordonnance 1 relative à la loi sur le travail prévoit que le service de piquet effectué dans l’entreprise doit être intégralement décompté comme du temps de travail alors que, pour le service de piquet effectué en dehors de l’entreprise, seuls le temps d’intervention effectif et le temps de trajet sont considérés comme des temps de travail. Cette réglementation, qui semble claire à première vue, soulève toutes sortes de questions lorsqu’on y regarde de plus près. Quelle est par exemple la situation juridique lorsque l’employeur n’exige pas que le service de piquet soit effectué dans l’entreprise, mais que le délai d’intervention (temps entre l’appel et l’arrivée sur le lieu de travail) est si court que le temps disponible en dehors de l’entreprise ne peut pas être utilisé de manière judicieuse?
En 2016, le Tribunal fédéral a eu à juger le cas suivant: un collaborateur a fait valoir auprès de son employeur que le service de piquet qu’il effectuait et qui ne l’obligeait pas à rester dans l’entreprise était considéré comme du temps de travail, car le temps d’intervention de 15 minutes était tellement court qu’il ne pouvait pas faire grand-chose d’utile de son temps libre.
L’employeur a rétorqué que ce n’était pas le cas et que le collaborateur avait par exemple été explicitement autorisé à se déplacer en moto dans la localité pendant le service de piquet. Le Tribunal fédéral a donné raison au collaborateur et a considéré le service de piquet comme un service de piquet dans l’entreprise en raison de la courte durée d’intervention, avec pour conséquence que l’ensemble du temps de piquet fut qualifié de temps de travail et que le collaborateur avait donc effectué des heures supplémentaires du fait du service de piquet. En conséquence, le Tribunal fédéral a accepté la demande de l’employé en indemnisation des heures supplémentaires pour un montant d’environ CHF 250 000.–.
Un autre détail remarquable de la décision: pour se défendre contre cette demande, l’employeur avait invoqué plusieurs arguments, notamment que l’employé disposait d’un endroit pour dormir dans l’entreprise pendant le service de piquet et qu’il n’était pas acceptable que le temps de sommeil soit indemnisé de la même manière que l’activité normale. Le Tribunal fédéral a retenu à cet égard qu’il y avait service de piquet dans l’entreprise avec prise en compte intégrale dans le temps de travail, même si les collaborateurs disposaient d’un local pour dormir. Le temps de travail de piquet dans l’entreprise devait donc être traité de la même manière que le temps de travail ordinaire et, par conséquent, les heures supplémentaires occasionnées par le service de piquet dans l’entreprise devaient être indemnisées à hauteur de 125% du salaire ou du temps libre.
Il convient de noter que la question de savoir ce qui est considéré comme temps de travail doit être distinguée de la question de savoir comment ce temps de travail doit être rémunéré. De l’avis des auteurs, il n’est donc pas exclu d’emblée que la permanence assurée dans l’entreprise dans le cadre d’un service de piquet soit rémunérée à un autre taux que le temps de travail normal.
Checklist pratique
- Vérifier que le service de piquet ne sert pas à absorber les fluctuations normales de la charge de travail.
- S'assurer que le nombre de services ne dépasse pas 7 jours sur une période de 4 semaines (ou 14 jours exceptionnellement avec moyenne annuelle respectée).
- Garantir une période de deux semaines sans service de piquet après la fin du dernier service.
- Définir contractuellement le délai d'intervention maximum pour éviter la requalification en temps de travail complet.
- Régler explicitement le taux d'indemnisation pour la disponibilité hors entreprise dans le contrat de travail.
- Considérer les règles spécifiques pour les hôpitaux (délai de 30 min, 10 % du temps inactif comptabilisé).
- Respecter les périodes minimales de repos entre les services de piquet.
- Tenir compte des plafonds d'heures supplémentaires annuels (140 ou 170 heures) si des interventions surviennent.
- Prévoir des locaux de repos adéquats si le piquet est effectué sur place, sans pour autant exclure le temps de travail.
- Consulter les conventions collectives de travail spécifiques à certains secteurs (ex. éducation, transport aérien).
Comment indemniser la permanence dans le cadre d’un service de piquet en dehors de l’entreprise?
La loi sur le travail ne précise pas si le temps de piquet en dehors de l’entreprise doit également être indemnisé dans le cadre du service de piquet. En l’absence d’une réglementation normale ou d’une convention collective de travail, la question de l’indemnisation dans le cadre des rapports de travail de droit privé relève de la convention entre les parties. Selon la pratique actuelle du Tribunal fédéral, il est possible de convenir que l’indemnité est incluse dans le salaire convenu. Dans un arrêt de 2017, il a toutefois été laissé en suspens la question de savoir si cette pratique pouvait être maintenue à l’avenir. Dans ce contexte, les auteurs recommandent de régler la question de l’indemnisation dans le contrat de travail et de prévoir au moins une rémunération minimale.
Règles spéciales pour certains groupes professionnels
Par souci d’exhaustivité, il convient de préciser que certaines professions sont soumises à des réglementations spéciales concernant le service de piquet. Le contrat-type de travail pour les éducateurs dans les foyers et les internats prévoit par exemple que le service de garde effectué dans le foyer n’est considéré comme temps de travail que si l’éducateur est effectivement appelé à travailler.
En outre, il existe depuis 2010 des règles spéciales sur le service de piquet pour les hôpitaux et les cliniques qui stipulent notamment que le délai d’intervention ne doit pas être inférieur à 30 minutes et que, si c’est le cas, des règles particulières s’appliquent et 10% du temps de garde inactif doit être considéré comme du temps de travail. Enfin, il existe également des règles spéciales pour les membres d’équipage des entreprises de transport aérien.
FAQ: Service de piquet
Quelle est la différence principale entre le service de piquet et le travail sur appel?
Le service de piquet exige une disponibilité immédiate en plus du travail normal, indépendamment de la charge de travail, tandis que le travail sur appel ne mobilise le collaborateur que s'il y a effectivement du travail à effectuer.
Le service de piquet effectué à domicile compte-t-il comme du temps de travail?
Non, en principe seul le temps d'intervention effectif et le temps de trajet sont considérés comme temps de travail. Cependant, si le délai d'intervention est si court qu'il empêche toute activité personnelle utile, le Tribunal fédéral peut requalifier l'ensemble du temps en temps de travail.
Comment doit être rémunéré un service de piquet en dehors de l'entreprise?
La loi sur le travail ne fixe pas de taux obligatoire pour la simple disponibilité hors entreprise. Il est impératif de régler cette indemnisation dans le contrat de travail, en tenant compte des restrictions à la liberté personnelle.
Y a-t-il des limites au nombre de services de piquet par mois?
Oui, un collaborateur ne peut normalement effectuer qu'un maximum de 7 services de piquet sur une période de 4 semaines, avec une obligation de repos de 2 semaines sans piquet après la dernière intervention.
Quelles sont les règles particulières pour le secteur hospitalier?
Depuis 2010, les hôpitaux doivent respecter un délai d'intervention minimal de 30 minutes. Si ce délai est respecté, 10 % du temps de garde inactif est considéré comme du temps de travail, en plus du temps d'intervention effectif.