Faillites en Suisse: Gérer avec succès l’année des faillites record

Aides de travail appropriées
EN BREF
La Suisse connaît en 2026 une hausse historique des faillites, avec un risque dépassant 14'000 cas. Dans ce contexte, la gestion des créances devient un levier stratégique majeur pour préserver les liquidités et éviter des pertes difficilement compensables. Les entreprises doivent renforcer immédiatement leurs processus de prévention, de suivi et de recouvrement.
À retenir :
→ 98,3 % des faillites ne génèrent aucun remboursement pour les créanciers
→ Une faible perte sur débiteurs peut fortement impacter la rentabilité
→ Certains secteurs présentent un risque nettement plus élevé
→ Les faillites abusives constituent un risque structurel croissant
→ Une gestion proactive des créances est essentielle en 2026
Introduction au thème des faillites en Suisse
Les dernières données de Creditreform Suisse laissent peu de place à l’interprétation : durant les mois de janvier et février 2026, le nombre de faillites en Suisse a augmenté de 75,8 % par rapport à l’année précédente pour atteindre 2'361 cas. Extrapolé à l’ensemble de l’année, le nombre de faillites d’entreprises pourrait dépasser pour la première fois le seuil des 14'000 en Suisse.
Les faillites privées sont également en hausse : +43 % durant les deux premiers mois de 2026, pour atteindre 281 cas. Creditreform parle d’une « vague de faillites sans précédent », dont le début remonte déjà au second semestre 2025.
Avec l’entrée en vigueur de la modification législative adoptée au début de l’année 2024, les autorités fiscales et les assurances sociales sont tenues de faire valoir activement leurs créances par les voies de l’exécution forcée. Une marge de manœuvre qui permettait jusqu’ici à un nombre important d’entreprises structurellement surendettées de retarder leur défaillance disparaît ainsi. Il en résulte une vague d’assainissement dont l’impact complet ne devient véritablement visible qu’en 2026.
La mathématique de la perte
Les conséquences économiques d’une perte sur créance sont régulièrement sous-estimées dans la pratique. Statistiquement, dans 98,3 % de l’ensemble des faillites en Suisse, le créancier ne récupère rien. Dans les rares cas où un dividende de faillite est effectivement versé, le dividende moyen de faillite est inférieur à 6 %.
Une entreprise réalisant un chiffre d’affaires d’un million de francs et une marge bénéficiaire sur le chiffre d’affaires de 5 % génère un bénéfice de 50'000 francs. Une perte sur débiteurs de 1 % réduit ce bénéfice de 20 %. Afin de compenser cette perte par une augmentation du chiffre d’affaires, une hausse du chiffre d’affaires de 200'000 francs est nécessaire ; en présence d’une perte sur débiteurs de 2 %, ce montant atteint déjà 400'000 francs.
Dans une phase où la croissance devient une denrée rare dans la plupart des secteurs, ce calcul n’est pas seulement désagréable sur le plan théorique. Il devient un véritable indicateur de pilotage stratégique.
Secteurs faisant l’objet d’une surveillance particulière
L’analyse de Dun & Bradstreet relative aux chiffres des faillites de 2024 met en évidence une hétérogénéité marquée entre les secteurs. En chiffres absolus, le secteur principal de la construction (629 insolvabilités au premier semestre), les services juridiques, commerciaux et techniques (496) ainsi que le commerce (450) occupent les premières places. En termes de progression relative, les plus fortes augmentations ont été enregistrées dans le secteur automobile (+43 %), l’immobilier (+38 %) ainsi que l’industrie manufacturière et les services personnels (respectivement +16 %).
L’évaluation du risque réalisée par Creditreform attribue notamment la classe de risque la plus élevée au bâtiment, au second œuvre, aux autres travaux d’installation dans la construction, aux entreprises de pose de revêtements de sol, de carrelages et de dalles, ainsi qu’au secteur de l’hôtellerie-restauration.
Les entreprises qui entretiennent des relations d’affaires dans ces secteurs devraient gérer leur portefeuille de créances en tenant compte du risque, au moyen de contrôles de solvabilité renforcés, de délais de paiement plus courts et, le cas échéant, d’instruments de garantie tels que le paiement anticipé, les cautionnements ou les assurances-crédit.
La pratique des faillites abusives comme risque structurel
Une dimension particulièrement délicate du paysage actuel des faillites concerne ce que l’on appelle la pratique des faillites abusives (« Konkursreiterei »). Selon les estimations, environ une faillite d’entreprise suisse sur quatre présente des indices d’infractions liées à la faillite, notamment la faillite frauduleuse (art. 163 CP), le préjudice causé aux créanciers par diminution de l’actif (art. 164 CP), la mauvaise gestion (art. 165 CP) ou l’omission de tenir une comptabilité (art. 166 CP). Cette proportion est passée de 20 % en 2019 à 24 % en 2021.
La manière de procéder suit un schéma établi. Une société économiquement en difficulté est transférée, par l’intermédiaire d’un intermédiaire, à un nouveau propriétaire. Ce que l’on appelle un « fossoyeur » transfère régulièrement le siège de l’entreprise dans un autre arrondissement de poursuite. Comme chaque arrondissement de poursuite tient son propre registre (art. 8 al. 1 LP), les anciennes dettes n’apparaissent pas dans le nouvel extrait. Il en résulte l’impression d’une société sans dettes. Par la suite, de nouvelles commandes sont passées sur facture sans qu’il existe une intention de paiement. La faillite intervient généralement dans un délai d’un an et, en règle générale, faute d’actifs (art. 230 LP).
Pour les créanciers, cela signifie qu’un extrait des poursuites irréprochable au siège de l’entreprise ne constitue pas à lui seul un signal de solvabilité suffisant. Les transferts de siège, les changements à court terme au sein du conseil d’administration ou de la direction ainsi que les modifications inhabituelles du comportement de commande de nouveaux clients devraient être enregistrés comme indicateurs d’alerte dans tout système de surveillance de la solvabilité.
Trois phases des faillites en Suisse
La gestion moderne des créances n’est pas une fonction isolée de la comptabilité débiteurs, mais une discipline intégrée tout au long du cycle « Order-to-Cash ». Elle comprend trois phases clairement délimitées.
Dans la phase d’acquisition, les conditions-cadres juridiques et commerciales sont créées afin de rendre possible le recouvrement ultérieur des créances. En font partie des conditions générales comportant des dispositions explicites relatives aux intérêts moratoires (l’art. 104 CO prévoit 5 % ; ce taux peut être augmenté contractuellement), aux frais de rappel et aux indemnités forfaitaires pour le préjudice subi par le créancier, une gestion différenciée des limites de crédit selon les segments de clientèle ainsi que l’enregistrement systématique des bases contractuelles. En particulier dans le cadre des activités en ligne et des ventes sur facture avec prestation préalable, il n’existe souvent pas de reconnaissance de dette au sens de l’art. 82 al. 1 LP, avec les conséquences correspondantes pour la procédure ultérieure de mainlevée.
La phase de prévention comprend la gestion continue de la solvabilité. Pour les entreprises, des facteurs tels que les données des comptes annuels, le risque sectoriel, la structure du capital, le chiffre d’affaires et l’ancienneté de l’entreprise sont pris en compte dans l’évaluation. Pour les personnes physiques, le comportement de paiement, la situation patrimoniale, la profession et le domicile sont déterminants. Un contrôle adapté au risque, allant d’une simple information de scoring pour les petits clients jusqu’à une due diligence pour les clients stratégiques de catégorie A, est à la fois économiquement pertinent et opérationnellement efficace.
Dans la phase de réalisation, une distinction est faite entre le recouvrement extrajudiciaire (procédure de rappel), le recouvrement judiciaire (procédure de poursuite selon la LP), la mainlevée, le recouvrement par voie judiciaire et la gestion des actes de défaut de biens. Chaque phase possède sa propre structure de coûts. Un commandement de payer pour des créances comprises entre 1'000 et 10'000 francs coûte, conformément à l’art. 13 LP, 74 francs ; la réquisition de continuer la poursuite coûte 65 francs supplémentaires. Une étude de la KMU-HSG chiffre à 279 francs par cas la charge moyenne supportée par le créancier entre la survenance du retard de paiement et la procédure de réalisation.
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Les indicateurs qui font la différence
Une gestion efficace des créances peut être mesurée. Les deux indicateurs centraux sont le taux de rotation des débiteurs (produit net des ventes à crédit divisé par l’effectif moyen des débiteurs) et le délai débiteurs en jours qui en découle (360 divisé par le taux de rotation des débiteurs). Si le délai débiteurs dépasse de plus de 40 % le délai de paiement convenu, l’efficacité des processus de rappel est structurellement insuffisante.
L’effet de levier qu’offre une optimisation est illustré par un exemple pratique documenté : une entreprise suisse de taille moyenne réalisant un chiffre d’affaires à crédit de 1,1 million de francs a réduit son délai débiteurs de 74 à 44 jours grâce à des mesures appliquées de manière conséquente. Le retard moyen de paiement est passé de 44 à 14 jours. Les liquidités ainsi libérées se sont élevées à 98'089 francs.
Ces indicateurs doivent faire partie du reporting financier mensuel et non des comptes annuels. Un système d’alerte précoce qui n’émet des signaux qu’une fois par année ne mérite pas cette appellation.
Intelligence artificielle et évolution de la démographie des débiteurs
L’évolution technologique a substantiellement modifié la gestion des créances au cours des dix-huit derniers mois. Les systèmes assistés par intelligence artificielle permettent aujourd’hui une segmentation différenciée des débiteurs selon leur profil comportemental, une prévision des défauts de paiement au moyen de modèles d’analyse prédictive (« Predictive Analytics ») ainsi qu’une communication personnalisée selon le canal utilisé.
Sur le plan opérationnel, la possibilité d’adapter les stratégies de rappel aux différentes typologies de débiteurs revêt une importance particulière. Les débiteurs disposés à payer et financièrement organisés ne réagissent pas aux mêmes approches que les débiteurs communiquant de manière émotionnelle ou que les groupes de débiteurs confrontés à une incapacité de paiement aiguë. Des études montrent que les stratégies d’escalade fondées sur les données augmentent significativement les taux de recouvrement tout en réduisant simultanément les coûts de traitement de 40 à 60 % selon les estimations.
Parallèlement, l’évolution démographique modifie les exigences en matière de communication de recouvrement. Les jeunes groupes de débiteurs, socialisés dans un environnement marqué par les paiements numériques et les modèles « Buy now, pay later », réagissent peu aux rappels classiques envoyés par courrier. Une communication adaptée au canal utilisé, combinée à des moments de prise de contact définis sur la base des données, devient un critère de qualité d’une gestion moderne des créances.
Le téléphone comme levier opérationnel
Malgré tous les progrès réalisés en matière d’automatisation, le recouvrement téléphonique demeure l’instrument individuel le plus efficace dans le cadre du recouvrement extrajudiciaire. Les raisons sont d’ordre psychologique et communicationnel : une prise de contact directe génère une pression immédiate de réponse, permet de conclure des accords de paiement individuels et, lorsqu’elle est menée correctement, préserve la relation client.
La conduite de l’entretien est déterminante. Les questions orientées vers la recherche de solutions (« Comment pouvons-nous régler cette situation ? ») obtiennent des résultats nettement supérieurs aux formulations axées sur les causes (« Pourquoi n’avez-vous pas payé ? »). Les questions fermées suscitent des réactions défensives, tandis que les questions ouvertes créent un espace propice à la recherche de solutions. Une préparation structurée de l’entretien, comprenant la définition des objectifs, la connaissance du dossier et l’anticipation des objections, influence davantage le résultat que les aptitudes rhétoriques.
Sept mesures que vous pouvez mettre en œuvre immédiatement
Compte tenu de la situation actuelle du marché et des constats exposés ci-dessus, sept priorités d’action concrètes se dégagent pour les responsables financiers en Suisse afin de prévenir les faillites en Suisse :
Vérifier et actualiser les conditions générales en ce qui concerne les intérêts moratoires, les frais de rappel et les indemnités forfaitaires pour le préjudice subi par le créancier.
Introduire ou perfectionner un système continu de surveillance de la solvabilité comportant des indicateurs d’alerte définis.
Mettre en place une différenciation de la stratégie de rappel selon les segments de clientèle.
Intégrer les indicateurs du taux de rotation des débiteurs et du délai débiteurs dans le reporting financier mensuel.
Examiner le recours à des instruments de garantie tels que l’affacturage (factoring), l’assurance-crédit ou les garanties bancaires pour les relations d’affaires dans des secteurs à risque.
Développer de manière ciblée les compétences internes en matière de recouvrement téléphonique.
Évaluer les solutions de rappel assistées par intelligence artificielle en tant que leviers d’efficacité opérationnelle.
Checklist : renforcer immédiatement votre gestion des créances
→ Vérifier la solidité juridique de vos conditions générales (intérêts, frais, indemnités)
→ Mettre en place un suivi régulier de la solvabilité clients
→ Segmenter vos clients selon leur risque de défaut
→ Adapter les délais de paiement aux profils à risque
→ Intégrer les indicateurs débiteurs dans votre reporting mensuel
→ Surveiller les signaux faibles (changements de direction, siège, comportement de commande)
→ Renforcer le recours au téléphone dans les relances
→ Former vos équipes aux techniques de recouvrement orientées solution
→ Évaluer les solutions digitales et l’intelligence artificielle
→ Sécuriser les transactions via garanties ou assurances-crédit
FAQ – Faillites en Suisse
Pourquoi les faillites augmentent-elles fortement en Suisse en 2026 ?
La combinaison d’un durcissement légal et de la fin de certaines tolérances envers les entreprises surendettées entraîne une vague d’assainissement.
Quel est le principal risque pour les créanciers ?
Dans la grande majorité des cas, les créances ne sont pas récupérées, ce qui impacte directement la rentabilité.
Quels sont les secteurs les plus exposés ?
La construction, l’immobilier, l’automobile et certains services présentent des risques accrus.
Comment détecter une faillite abusive ?
Les changements fréquents de siège, de direction ou un comportement de commande atypique sont des signaux d’alerte.
Quel levier est le plus efficace pour recouvrer une créance ?
Le contact téléphonique reste l’outil le plus performant en phase extrajudiciaire.